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En mai 2022, la mission européenne AIM, si elle est approuvée, observera l'engin américain DART heurter un astéroïde et le dévier de sa course. 

Espace

Une journée pour évaluer la menace des astéroïdes

Des artistes et des scientifiques ont déclaré le 30 juin «Asteroid Day», soit l'occasion d'expliquer aux Terriens comment ils doivent se défendre contre ces bolides célestes

Dans le monde, la chute d’astéroïdes sur la Terre provoque 1200 morts par an… en moyenne! Cette dernière précision est évidemment cruciale car le nombre de décès directement imputables à des cailloux tombés du ciel durant ces derniers siècles est… nul – quoiqu’un tel accident, ayant fait un mort, aurait été relevé en Inde en février 2016, mais la véracité du cas est sujet à discussion.

D’où vient alors ce chiffre? D’un calcul élaboré, décrit par Alan Harris, de l’Institut de planétologie de Berlin dans la revue Science&Vie: celui d’une division entre le nombre de personnes vivant sur la planète bleue et la fréquence de chute de ces bolides célestes, plus ou moins gros, et causant plus ou moins de dévastation. Ainsi, un astéroïde de 10 km de diamètre tel que celui qui a éliminé les dinosaures il y a 65 millions d’années éradiquerait la majorité de l’humanité, mais un tel événement n’a lieu qu’environ tous les 100 millions d’années. Bref, 1200 morts par an: une moyenne donc, toute théorique, et calculée sur une très longue durée.

Probabilité de 1 sur 100 milliards

En fait, «le risque d’être touché directement correspond à une personne dans le monde par décennie, soit une probabilité annuelle pour un individu de l’ordre de un sur 100 milliards», explique dans la même revue Mark Boslough, physicien des impacts nucléaires aux laboratoires américains Sandia. Un taux infime, mais suffisamment important pour avoir poussé un musicien aussi docteur en astrophysique (Brian May, le guitariste du groupe anglais Queen) et un réalisateur de film allemand (Grigorij Richters) à lancer l’Asteroid Day: un jour d’événements dans le monde entier dédié à sensibiliser le public à cette problématique, et que soutiennent dans une déclaration une centaine de scientifiques, investisseurs et astronomes. «L’une des menaces majeures sur la vie dans l’Univers est une haute probabilité d’impact d’un astéroïde sur des planètes habitées», souligne le célèbre astrophysicien Stephen Hawking.

Chaque année, cet Asteroid Day se tient le 30 juin, jour anniversaire d’un événement qui a marqué les mémoires: la chute, en 1908 à Tunguska (Sibérie), d’un astéroïde de 40 m de diamètre qui a relâché autant d’énergie qu’une bombe de 100 tonnes de TNT, de quoi dévaster plus de 2000 km2, soit la surface d’une métropole.

Une catastrophe qui en rappelle une autre, plus récente celle-là: le 15 février 2013, le ciel de Tcheliabinsk (Russie) a été fendu par un météorite de 17 à 20 m de diamètre, fonçant sur la Terre à 66 000 km/h. L’onde de choc de sa désintégration dans l’atmosphère, qui a libéré une énergie équivalente à 20-30 fois la bombe atomique d’Hiroshima, a causé d’importants dégâts et fait près de 1500 blessés.


Astéroïde et météorite: même combat?

Les astéroïdes sont des objets célestes de petite taille (de quelques dizaines de mètres à quelques kilomètres de diamètre). Composés de roches, de métaux et de glace, ils gravitent autour du Soleil, pour beaucoup dans la fameuse «ceinture d’astéroïdes», située entre Mars et Jupiter. A ce jour, plus de 100 000 d’entre eux ont été repérés. En pénétrant dans l’atmosphère terrestre, ils se désintègrent, leurs morceaux formant des météorites, dont certains parviennent jusqu’au sol et sont retrouvés. Les plus petits laissent une trainée souvent appelée «étoile filante».

Lire aussi: La traque aux météorites est lancée en France et en Suisse


Depuis, diverses institutions ont mis les bouchées doubles pour relancer ou activer des services dédiés à ce champ de recherches: l’Agence spatiale américaine (NASA) a ouvert son Bureau de coordination pour la défense planétaire, sa pendante européenne (ESA) a son Bureau du programme de surveillance de l’espace, l’ONU a lancé un groupe de travail, et la Fondation américaine B612 s’active pour garder ce sujet bien en évidence sur l’agenda scientifico-médiatique, voire pour lancer un satellite visant à mieux déceler ces menaces.

«Le prochain astéroïde 'tueur' sera du même type que celui de Tcheliabinsk, détaille Mark Boslough lors de la conférence de presse de l’Asteroid Day. Ce genre d’événement arrive environ une fois tous les 50 ans. Le souci, c’est que cette population [des objets de dizaines de mètres] est mal connue et commence à être cataloguée.» Et le spécialiste de mentionner à ce titre le système d’observation Atlas de la NASA, mis en service en 2015. Ce dernier peut détecter des rocs de 100 m lorsqu’ils sont encore éloignés de 40 millions de km, et de 10 m à 4 millions de km (soit plus de 10 fois la distance Terre-Lune); ce qui nous laisserait environ trois semaines, respectivement deux jours pour réagir…

Et, en 2019 devrait entrer en service au Chili le «Large Synoptic Survey Telescope», avec une acuité visuelle inégalée. De son côté, «l’ESA développe un télescope similaire, dont un prototype devrait être prêt l’an prochain», dit Detlef Koschny, chef du domaine à l’agence spatiale européenne. Cela sans même parler des projets de télescopes spatiaux ayant la même tâche, dont celui, privé, de la Fondation B612.

Gros objets bien repérés

Les astéroïdes plus gros, eux, sont pistés de près. Si un quart de ceux d’une taille allant de 150 à 1000 m de diamètre ont été repérés, «près de 90% des objets plus gros sont catalogués», assure Don Yeomans, le chef de la traque à la Nasa – qui, pour son travail, a été nommé en 2013 parmi les 100 personnes les plus influentes de la planète par le TIME Magazine. Selon l’agence américaine, la probabilité de collision d’une des milliers d’astéroïdes répertoriés, dont 13 500 croisent l’orbite de la Terre, serait seulement de 0.01% pour le siècle à venir.

Cette valeur n’étant pas nulle, moult scientifiques, dont ceux qui ont créé l’Asteroid Day, plaident pour le développement d’outils permettant de dévier la course d’astéroïdes trop menaçants. Par exemple en les tractant sur d’autres orbites, avec des voiles solaires – une solution pour l’heure théorique, même si de telles voiles ont été testées. Ou – plus sérieusement – en les prenant pour cible. «Pour la première fois dans l’histoire, nous sommes à un niveau technologique tel qu’on peut détecter un astéroïde qui menacerait la Terre et réagir», se réjouit l’astronaute canadien Chris Hadfield, partenaire du projet.

Vers un système de défense

«Cela fait 15 ans que l’ESA planche sur ce problème», indique Ian Carnelli, chef du projet Asteroid Impact Mission (AIM). Celui-ci, s’il est approuvé, consiste en l’envoi d’une sonde vers un système d’astéroïde double, nommé Didymos, qui se trouvera à «seulement» 11 millions de km de la Terre en mai 2022.

L’engin européen scannerait ainsi, avec ses instruments d’imagerie visuelle, thermique et radar, la petit lune de 170 m baptisée Didymoon, qui tourne autour du corps principal de 800 m. Et ceci avant, pendant, et après qu’un autre engin, américain celui-là et appelé DART, viendrait frapper Didymoon à la vitesse de 6 km/seconde. Le but est de démontrer qu’un impact cynétique peut changer la course d’un astéroïde. Lancement prévu en 2020.

Au-delà des visées anti-catastrophe de cette mission, Patrick Michel, astronome à l’Observatoire de la Côte d'Azur, y voit d’autres intérêts: «Les astéroïdes sont fascinants pour d’autres raisons. Ils sont les restes des briques de base de notre système solaire; en ce sens, les deux missions, japonaise (Hayabusa-2) et américaine (Osirix-Rex) qui doivent sous peu aller chercher et ramener sur Terre des échantillons d’astéroïdes nous en apprendront beaucoup sur la formation des planètes. Par ailleurs, les astéroïdes suscitent aussi l’intérêt des industriels, en raison des matières premières qu’ils contiennent; même si leur exploitation n’aura lieu que d’ici quelques décennies au mieux. Enfin, les astéroïdes pourraient être la première étape des voyages habités vers l’espace profond, ou Mars.»

«Autant de raisons, conclut Brian May, pour trouver et étudier ces corps célestes avant qu’eux ne nous trouvent…»

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