Spécialisée dans l’envoi de petites charges dans l’orbite terrestre, la société Rocket Lab, installée en Californie, voit plus loin. Lors d’une conférence diffusée sur YouTube au début du mois d’août, Peter Beck, son fondateur, a annoncé son intention d’envoyer une mission privée à la recherche de traces de vie dans l’atmosphère de Vénus en 2023.

Jusqu’à présent, l’entreprise s’était contentée de l’espace proche de la Terre, mais l’amélioration des capacités de son lanceur Electron lui permet d’envisager des vols interplanétaires. Pour le patron de Rocket Lab, cette mission se justifie par les similarités entre Vénus et la Terre. «Venus est l’équivalent le plus proche de la Terre. C’est la Terre ayant vécu un changement climatique catastrophique», affirme-t-il.

Un climat (presque) impropre à la vie

Effectivement, la deuxième planète de notre système en partant du Soleil, en plus d’être une planète tellurique, possède une taille et une masse semblables à celles de la Terre. Mais la comparaison s’arrête là. Vénus est la planète la plus chaude du Système solaire. La température à sa surface dépasse en moyenne les 460°C, la faute à un effet de serre très important provoqué par une atmosphère composée à 96% de dioxyde de carbone. La densité de cette dernière entraîne une pression à la surface de la planète 92 fois supérieure à celle de la Terre, des conditions que l’on retrouve sur Terre à plus de 900 mètres de profondeur sous l’eau. S’y ajoutent une activité volcanique et des vents soufflant à plus de 300 km/h.

Malgré cela, l’hypothèse que des formes de vie ont existé, ou existent encore, sur Vénus n’est ni nouvelle ni totalement loufoque. Selon une étude publiée en 2016, la planète aurait été habitable jusqu’à il y a 715 millions d’années. Certains scientifiques estiment donc que de l’eau aurait pu être présente à la surface de Vénus pendant une durée suffisante pour que des formes de vie s’y développent. Et si les conditions de vie à sa surface sont aujourd’hui trop extrêmes, une hypothèse émise en 1967 dans la revue Nature estime que des micro-organismes pourraient exister dans les nuages entourant Vénus.

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Cette hypothèse se fonde sur la présence dans l’atmosphère vénusienne d’un corps inconnu absorbant les rayonnements UV solaires. Selon ces scientifiques, cette absorption pourrait être le fait de ces micro-organismes, mais des poussières ou d’autres gaz pourraient également expliquer ce phénomène. L’existence de micro-organismes vivant dans des milieux extrêmes sur Terre est un autre argument en faveur de cette présence. Si les conditions à la surface sont invivables, à 50 km d’altitude la pression et les températures sont proches des conditions terriennes, mais ces micro-organismes supposés devraient être capables d’endurer la formation d’acide sulfurique (le plus fort des acides simples) qui a lieu dans cet environnement.

Vénus, une voisine laissée pour compte

D’autres phénomènes s’expliqueraient par la présence d’une forme de vie dans l’atmosphère de Vénus. Mais tous peuvent également avoir une autre explication en l’absence d’observations directes. C’est donc cette preuve directe qu’entend apporter Rocket Lab avec sa mission. Les détails de cette dernière restent encore très flous, mais selon Peter Beck, le projet consisterait à placer une sonde dans cette zone de l’atmosphère où des formes de vie perdureraient. Si, durant sa séance de questions-réponses avec les internautes, il a évoqué son amour pour la planète, une telle découverte serait surtout, selon ses propres termes, un «jackpot».

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Moins médiatisée que Mars, Vénus est aussi plus délaissée par les missions scientifiques. Le dernier engin envoyé vers la planète est la sonde japonaise Akatsuki en 2010. Depuis le début des années 2000, une seule autre mission, le Venus Express européen, a été lancée dans sa direction. De son côté, la NASA a laissé tomber plusieurs projets d’atterrisseurs, préférant concentrer ses efforts sur Mars. Mais Venus pourrait bien connaître un regain d’intérêt. L’Inde et la Russie prévoient l’envoi d’engins respectivement en 2023 et en 2024. Et parmi les quatre projets retenus par la NASA dans le cadre de son programme d’exploration robotisée Discovery en 2021 figurent deux projets ayant Vénus pour destination.

Tout comme elle s’est positionnée sur le lancement de petits satellites, Rocket Lab vise Vénus quand la concurrence, SpaceX et Blue Origin, se concentre sur Mars et sur la Lune. Avec son petit lanceur, la société ne peut pas rivaliser sur ce plan. Mais en cas de succès de cette mission, au-delà des retombées scientifiques elle pourrait se présenter à la NASA comme une option viable, et surtout économique, dans l’optique d’un retour vers Vénus. En attendant, elle prévoit déjà de s’attaquer à la réutilisation de ses lanceurs et au lancement d’un satellite lunaire pour l’agence américaine l’année prochaine.