Génétique

Une oreille musicale à la naissance

Une équipe de chercheurs finlandais analyse les prédispositions génétiques à l’oreille musicale. Elle montre que les gènes associés avec les aptitudes à la musique sont impliqués dans le développement physiologique de l’oreille interne

Une oreille musicale à la naissance

Neurosciences Certaines aptitudes musicales ont une origine génétique

Des gènes clés sont liés au développement de l’oreille interne

Ludwig van Beethoven, Django Reinhardt, Michael Jackson… La liste des enfants prodiges de la musique est longue. Mais sont-ils vraiment nés doués pour la musique? Quelle est la part de l’héritage génétique dans le talent musical? Pour répondre à cette question complexe, une équipe de chercheurs finlandais s’est intéressée aux gènes associés à l’oreille musicale et publie ce mercredi les résultats dans la revue spécialisée Molecular Psychiatry.

La musique est une activité humaine pratiquée depuis la nuit des temps et partagée par toutes les cultures autour du globe. Quelle est la biologie de la perception de la musique? L’écoute et la pratique de la musique engagent un grand nombre de processus tels que la perception auditive au niveau de l’oreille, les émotions, l’apprentissage et la mémoire. Différentes structures anatomiques sont mises en jeu: les sons sont reconnus par la cochlée, cavité hélicoïdale de l’oreille interne. L’information est ensuite transformée en signaux électriques envoyés via le nerf auditif vers différentes structures du cerveau telles que le colliculus inférieur, le tronc cérébral et l’amygdale, avant de rejoindre le cortex supérieur.

Plusieurs travaux scientifiques antérieurs à l’étude finlandaise suggèrent une composante génétique aux aptitudes musicales. Selon une étude publiée en 2010 dans PNAS, les bébés sont capables de reconnaître des sons complexes dès la naissance. D’autres tests menés chez des familles et des jumeaux ont montré le caractère partiellement héréditaire des aptitudes musicales. En particulier, l’oreille absolue (capacité à identifier des notes sans référence préalable) ou l’amusie congénitale (absence de sens musical) auraient une origine génétique (LT du 29.01.2011). «Le but de notre étude est d’identifier les bases moléculaires de la perception de la musique», explique Irma Järvelä, professeure en génétique moléculaire et médicale à l’Université d’Helsinki et coordinatrice des recherches.

Les scientifiques ont recruté dans la population générale une cohorte de 99 familles finnoises, soit 915 participants parmi lesquels 100 sont des professionnels de la musique. Tous ont été soumis à trois tests qui attribuent des scores selon leur capacité à détecter et discriminer des sons et des rythmes, à repérer des changements de mélodies et des variations de la durée des sons. «La répartition des scores, bons et mauvais, n’a pas de biais particulier chez les personnes sans formation musicale, confirmant que les tests mesurent une aptitude innée à avoir l’oreille musicale», précise Irma Järvelä.

En parallèle de ces tests, des échantillons sanguins ont été collectés chez les individus pour caractériser 660 000 marqueurs génétiques. Les chercheurs ont étudié la transmission de ces marqueurs en lien avec des scores élevés aux tests, et ceci de génération en génération. D’un autre côté, ils ont aussi étudié quels étaient les gènes associés avec une oreille musicale chez 192 personnes sans lien de parenté.

Dans les deux cas, des sites très spécifiques du génome ont été associés avec les aptitudes musicales des participants. En particulier, deux gènes sortent du lot qui, lorsqu’ils sont activés, entraînent la synthèse de deux protéines importantes pour le développement de l’appareil auditif chez le fœtus. La première joue un rôle primordial dans l’élaboration de l’oreille interne et du colliculus inférieur. «Il est très intéressant de trouver une corrélation forte entre ces gènes à l’origine du système auditif et les aptitudes musicales, commente Stephanie Clarke, professeure en neurosciences à l’Université de Lausanne. Avoir l’oreille musicale dépendrait donc directement de la bonne mise en place du câblage nerveux précoce entre les structures cérébrales.» Quant à la deuxième protéine, elle est active dans l’amygdale des embryons de souris et de poulet. Cette partie du cerveau est critique pour les émotions et leur apprentissage.

Mais peut-on conclure que les talents musicaux sont prédéterminés à la naissance? Les auteurs concluent qu’il existe une prédisposition génétique au fait de bien entendre, mais aussi que le talent musical est un trait complexe qui ne s’explique pas seulement par l’ADN. «Même s’il existe des gènes utiles pour un talent en musique, comme la reconnaissance des sons et des rythmes, on ne peut pas parler de gènes de la musique, précise Patrik Vuilleumier, professeur de neurosciences à l’Université de Genève. Le bagage génétique est une chose mais l’expérience et l’éducation dans la petite enfance jouent aussi un rôle clé.» Ainsi des personnes qui ont des aptitudes innées ne seront pas musiciens faute d’un entourage propice à l’exercice de la musique. Mozart eut la chance d’être né dans une famille de musiciens où violons et clavecin furent ses premiers jouets.

L’éducation pendant l’enfance est tout aussi importante que la prédisposition génétique

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