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Le Covid-19 est-il en passe de devenir une maladie infantile avec les écoles comme possibles lieux de transmissions? Aux Etats-Unis, en Israël (où 4500 élèves et 734 enseignants ont été placés en quarantaine début juin), en Grande-Bretagne, mais aussi en Suisse, de nombreux cas de SARS-CoV-2 sont désormais déclarés chez les enfants, en particulier chez ceux âgés entre 10 et 19 ans.

«Une transmissibilité accrue dans toutes les tranches d’âge a été signalée pour les variants préoccupants du SARS-CoV-2, notamment pour le variant Delta, pointe à ce titre le dernier rapport du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) sur le Covid-19 chez les enfants et le rôle des écoles dans la transmission du virus. Dans les régions où un pourcentage croissant d’adultes sont entièrement vaccinés contre le Covid-19 mais où les enfants ne le sont pas, on peut s’attendre à ce qu’au cours des prochains mois, on observe des proportions de plus en plus importantes de cas de SARS-CoV-2 chez les enfants.»

Une étude conduite par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et l’Université de Genève (Unige), dont les résultats ont été rendus publics ce mardi 13 juillet, confirme par ailleurs que les enfants ont formé la classe d’âge la plus touchée par la circulation du virus durant ces six derniers mois. En atteste la forte augmentation de la séroprévalence (à savoir la présence, dans le sang, d’anticorps spécifiques au SARS-CoV-2) au sein des groupes d’âge les plus jeunes, avec un doublement de l’immunité chez les moins de 6 ans, qui atteint 25%, et une augmentation de 15 à 30% du nombre de personnes à avoir été infectées chez les 6 à 18 ans. Les 12 à 18 ans sont, selon les résultats de cette recherche, actuellement 40% à présenter des anticorps à la suite d'une immunité naturelle, contre 35% chez les 6 à 12 ans.

Part du milieu scolaire

«Cette augmentation du nombre d’enfants à avoir été infectés par le SARS-CoV-2 est aussi à mettre en relation avec la décision de garder les crèches et les écoles ouvertes durant la seconde vague, analyse Silvia Stringhini responsable de l’unité d’épidémiologie populationnelle des HUG et coresponsable de l’étude. Avec l’augmentation de la vaccination dans la population adulte, nous allons certainement observer une circulation plus importante du virus en milieu scolaire. Heureusement, les enfants développent rarement des formes graves de la maladie, mais de nombreux jeunes, surtout entre 12 et 15 ans, qui sont la tranche d’âge la plus touchée, nous ont rapporté des symptômes persistants sur plusieurs semaines, ce que l’on appelle un covid long. Ceux-ci se résolvent seuls la plupart du temps, mais ils génèrent parfois plusieurs semaines d’absence à l’école.»

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Face à cette situation, et la possible survenue d’une nouvelle vague d’infections à l’automne en lien avec la propagation exponentielle du variant Delta, faut-il envisager des mesures spécifiques à mettre en place pour la rentrée scolaire? Bien que la part des écoles dans la transmission du virus au sein de la communauté soit encore débattue, pour le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, les choses sont claires: «compte tenu du risque probable de transmission continue parmi les enfants non vaccinés, il est impératif qu’il y ait un niveau élevé de préparation dans le système éducatif pour l’année scolaire 2021/2022».

Ensemble de mesures

Selon Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, l’enjeu est aujourd’hui de parvenir a un enseignement le plus normalisé possible dans de bonnes conditions sanitaires, afin d’éviter des fermetures d’écoles. «Pour cela, trois types de mesures peuvent être mises en place, explique ce dernier. Il faudrait promouvoir davantage la vaccination pour les plus de 12 ans et les enseignants, voire la rendre obligatoire, ce qui permettrait d’éviter de multiples interruptions qui finissent par peser sur une génération entière.»

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«Par ailleurs, il est important de parvenir à une aération efficace des crèches et des écoles primaires, ce qui limiterait les risques de transmission chez les enfants non vaccinés, en installant des capteurs CO2 dans les classes et les pièces communes, comme les cantines, voire des purificateurs d’air quand la ventilation mécanique contrôlée n’est pas suffisamment puissante, ajoute Antoine Flahault. Enfin, en fonction de l’évolution sanitaire, la question du port du masque, chez les enfants de plus de 6 ans, devra se poser. L’ensemble de ces mesures sont évidemment cumulatives et doivent être proportionnelles au risque. Si la transmission du virus est faible dans la communauté, il est tout à fait possible de relâcher certains comportements.»

Dans une correspondance parue à la fin mars dans The Lancet, une équipe internationale d’épidémiologistes recommandait également, comme autre mesure permettant de «rendre les écoles plus sûres», de «tester deux fois par semaine tout le personnel et les élèves du secondaire.» «Le testing est le domaine qui a été le plus mal évalué sur un plan scientifique, précise Antoine Flahault. On ne sait donc toujours pas quelle est la meilleure stratégie en la matière.»

Refus du dépistage de masse

Qu’en est-il du côté des cantons? Envisagent-ils déjà des mesures pour la rentrée? Parmi ceux que nous avons contactés (Vaud, Valais, Genève, Neuchâtel), les stratégies diffèrent sensiblement. Avec toutefois un point commun: le refus du dépistage de masse systématique dans les écoles tel que le recommande le Conseil fédéral. «Cette mesure a été instaurée dans quelques cantons alémaniques pour 100 000 élèves testés une ou deux fois par semaine, décrit Cesla Amarelle, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture du canton de Vaud. Seule une poignée d’élèves positifs ont été identifiés par ce biais. A ce stade de la pandémie, nous pensons que des dépistages ciblés, où l’on teste l’ensemble d’une classe lorsque des cas positifs sont détectés, sont plus pertinents.»

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Du côté de Genève, l’essentiel de la prévention sera axé, à la rentrée, sur le milieu scolaire, qui représentera la partie de la population la moins immunisée, en mettant en place une stratégie de testing dit réactif. «Le but est de casser les chaînes de transmission de manière précoce afin de maintenir les classes ouvertes le plus largement possible, précise Lena Després, médecin adjointe du médecin cantonal du canton de Genève. Si plusieurs cas sont détectés au sein d’une classe, la stratégie est activée et une équipe mobile se déplace afin de dépister tous les élèves de la classe dont les parents auront donné leur consentement. Ce dépistage est répété cinq à sept jours plus tard, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’élève positif. A ce moment, nous pouvons estimer que le virus ne circule plus. Notre expérience du mois juin a montré que tant les élèves que les parents adhèrent à cette mesure.»

Le masque, objet d’incertitudes

Considérés comme des gadgets pour Christophe Darbellay, chef du Département de l’économie et de la formation du canton du Valais, qui prône le «bon sens» concernant l’aération des classes, les capteurs de CO2 font l’objet d’une politique plus structurée dans le canton de Vaud, seul à s'y intéresser pour l'heure. «Sur le terrain, ces capteurs ont une plus-value pédagogique évidente et s’accompagnent d’une campagne de sensibilisation sur la manière et l’importance de gérer l’aération. Nous aimerions que toutes les classes qui s’y intéressent puissent en disposer à l’automne, confirme Cesla Amarelle. Des commandes sont régulièrement passées dans ce sens et nous travaillons aussi avec l'École Technique et des Métiers à Lausanne pour en fabriquer.»

Le port du masque sera-t-il quant à lui réintroduit à la rentrée? Prudent, le canton de Neuchâtel est favorable à son maintien à l’intérieur pour les adultes et les élèves de la 9e à la 11e, tout en précisant que ces éléments seront ajustés dans la semaine qui précède la rentrée. «La propagation du variant Delta n’est pas très rassurante, mais nous envisageons toujours une rentrée scolaire sans masques, argumente de son côté Christophe Darbellay. Cela peut toutefois évoluer en fonction de la situation sanitaire. Une séance avec les directeurs cantonaux de l’instruction publique est d’ores et déjà prévue afin de se coordonner une dernière fois avant la rentrée.»

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