neurosciences

Une scientifique remonte à l’origine de nos mouvements

La neurobiologiste Silvia Arber s’est vu remettre le Prix Louis-Jeantet de médecine le 26 avril à Genève, pour ses travaux sur les réseaux de neurones qui contrôlent nos gestes

Remis mercredi 26 avril à Genève, le Prix Louis-Jeantet de médecine récompense chaque année deux chercheurs menant des travaux de haut niveau dans le domaine biomédical. Les lauréats se voient chacun remettre 700 000 francs, dont la majeure partie est destinée à financer leurs projets de recherche. Cette année, le Portugais Caetano Reis e Sousa, qui travaille à l’Institut Francis Crick à Londres, a été récompensé pour ses études sur le système immunitaire, en particulier sur les cellules dites dendritiques, chargées de repérer les agents pathogènes. L’autre lauréate est la Suissesse Silvia Arber, professeure au Biozentrum de l’Université de Bâle et directrice de recherche au Friedrich Miescher Institute. Fille du Prix Nobel de médecine (1978) Werner Arber, elle s’est spécialisée dans la compréhension des circuits du mouvement chez les mammifères.

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Le Temps: Vos travaux portent sur la manière dont nous contrôlons nos mouvements. Pourquoi cet intérêt?

Silvia Arber: Les animaux – et notamment les êtres humains – sont capables d’effectuer toute une variété de gestes allant de la marche à la prise d’objets, en passant par des tâches beaucoup plus fines. Ces mouvements sont sous le contrôle du système nerveux central, comprenant le cerveau et la moelle épinière. Mon travail consiste à identifier les réseaux de neurones qui transportent ensuite l’information motrice à travers le corps. Ces circuits étaient très mal connus il y a encore une décennie, mais des outils nous permettent aujourd’hui de les localiser précisément au niveau anatomique. Mon domaine de recherche est avant tout fondamental, mais il a aussi des implications médicales, car de nombreuses pathologies neurologiques altèrent notre capacité à effectuer des mouvements: c’est le cas notamment de la maladie de Parkinson et de la sclérose latérale amyotrophique.

- Vous avez montré qu’il existe des sous-groupes de neurones spécialisés dans certains gestes. Par exemple?

- Au niveau de la moelle épinière, il existe des sous-populations de neurones impliquées dans l’extension de la jambe – quand le pied est au sol – et d’autres spécialisées dans sa flexion – quand le pied se soulève. Ces groupes de cellules nerveuses travaillent en alternance, de manière coordonnée. C’est un système très subtil. Pour identifier ces circuits, nous utilisons comme modèle d’étude la souris: l’avantage est que la plupart des gestes de ces rongeurs sont très proches des nôtres, par exemple la manière dont ils saisissent la nourriture pour la manger. Nous inoculons à nos souris des virus non pathogènes de la rage, qui sont modifiés de manière à produire une protéine fluorescente. Ces virus ayant pour caractéristique de se propager à travers le système nerveux, ils permettent de visualiser des réseaux de cellules nerveuses devenus fluorescents.

- Quelles sont vos prochaines pistes d’étude?

- Un de mes objectifs est de mieux comprendre comment nous planifions et coordonnons nos mouvements. Nous ne pouvons effectuer qu’un petit nombre de gestes au même moment. Que se passe-t-il au niveau nerveux quand on donne la priorité à un geste? Les autres sont-ils automatiquement inhibés? En tant que scientifique, je me pose continuellement des questions, il me semble important de garder l’esprit ouvert. Et le cerveau humain conserve une grande part de mystère: j’aurai donc sans doute encore bien des pistes à explorer à l’avenir!

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