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Une vue de la place de la Riponne ce jeudi 12 octobre 2017 a Lausanne.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Aménagement 

Urbain en surchauffe recherche désespérément coin d'ombre végétale

Par manque de nature en ville, les milieux urbains se retrouvent rapidement en surchauffe en été. Les habitants de Lausanne ont pu prendre la mesure du phénomène et échanger sur les solutions à mettre en œuvre lors d’une sortie organisée mercredi dernier

La météo était au rendez-vous pour cette balade urbaine placée sous le signe du soleil et de la chaleur. Dans le cadre du projet Sauvageons en ville, l’Université de Lausanne (Unil), les musée et jardins botaniques cantonaux et la Ville de Lausanne proposaient mercredi dernier aux habitants une découverte des effets des fortes températures et de leur atténuation possible. Un objectif: explorer les différentes ambiances estivales dans le milieu urbain. Trois questions sous-jacentes: où est-ce que l’on étouffe, où est-ce que l’on respire et que peut-on faire pour améliorer le confort de la ville?

Pour l’occasion, un thermomètre est scotché sur le chapeau de paille de Christophe Randin, spécialiste du microclimat et d’écologie à l’Unil et conservateur aux musée et jardins botaniques de Lausanne. La comparaison des températures en différents lieux est le point de départ des échanges entre l’intervenant et le public. De petits thermomètres à infrarouge sont proposés aux quelque 25 personnes qui ont répondu à l’invitation, pour qu’elles puissent faire les mesures par elles-mêmes.

40°C sur les pavés

Rendez-vous a été fixé à la fontaine de la place de la Riponne. Les premières mesures permettent d’appréhender la température du sol dans ce désert urbain: il est 18 heures passées et les pavés atteignent encore 40°C. Le matériau noir de la fontaine est tout aussi chaud, la température ne baissant que de quelques degrés sur les parties humides. A quelques mètres de là, les mesures de température au sein d’un carré de verdure lové dans une grosse jardinière en béton sont révélatrices de l’effet de la végétation: près des feuillages, il ne fait plus que 23°C.

Le même constat sera fait sous le tilleul de la place Arlaud et sous le robinier-faux acacia de la place Auberjonois. «Au soleil, en plus de réaliser la photosynthèse, un arbre transpire une demi-tonne d’eau par jour», explique le botaniste. Avant de compléter: «Ce faisant, la végétation diminue sensiblement la température de surface.» D’où l’importance de la présence de végétaux en ville, surtout quand on sait que les climatologues prévoient que Lausanne connaîtra d’ici à quelques décennies le climat actuel de Naples.

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Mais le botaniste rappelle qu’il n’est pas simple de trouver des espèces adaptées à une implantation en ville. Un tiers des espèces végétales déjà présentes à Lausanne ont été introduites, à l’instar du robinier par exemple, originaire d’Amérique du Nord. «Ces espèces sont des bombes à retardement, car lorsqu’elles s’échappent de la ville, si elles présentent un caractère invasif, elles peuvent déséquilibrer les écosystèmes», met en garde Christophe Randin.

De plus, si les arbres peuvent atténuer les effets du changement climatique, ils le subissent aussi, comme tous les êtres vivants. Il faut donc prendre en compte l’évolution annoncée du climat et choisir des essences qui supportent chaleur et sécheresse… tout en gardant en tête la contrainte d’éviter autant que possible les espèces exotiques, un sacré casse-tête au bout du compte. Oublié le hêtre des forêts suisses, qui ne serait pas capable de survivre en ville. Le tilleul par contre est un bon candidat, tout comme l’érable champêtre.

Réaménagement urbain sous contrainte

«Qu’est-ce qu’on attend pour reverdir la ville?» interpellent rapidement les citoyens. Martin Junier et Ximena Kaiser Morris, tous deux employés de la ville de Lausanne, soulignent les initiatives de la municipalité: les citoyens seront prochainement invités à se prononcer sur les projets de réaménagement des places du Tunnel et de la Riponne. Il existe aussi des subventions de la ville pour les particuliers qui souhaitent végétaliser leur toit. «Ces dispositifs d’incitation auprès des privés sont encore mal connus des citoyens», reconnaît Natacha Litzistorf, directrice du logement, de l’environnement et l’architecture à la ville de Lausanne.

Mais les réaménagements de certains quartiers sont aussi énormément contraints par l’existant. Dans le cas de la place de la Riponne, la présence d’un parking souterrain limite considérablement le poids acceptable en surface. Ce qui explique qu’aucun espace de pleine terre n’ait pu être mis en place jusqu’alors. «Le sol urbain est saturé de tuyaux, il est difficile d’y implanter des arbres», étaye l’élue écologiste, qui tente au quotidien de renforcer la place du végétal dans les outils d’aménagement, tels que les plans spéciaux d’affectation.

Ainsi, la ville telle qu’on la connaît aujourd’hui a été conçue à une époque où il fallait faire place à la voiture, nouvelle reine des transports. Les changements à effectuer à présent doivent non seulement redonner de la place à la pleine terre et au végétal dans l’espace public, mais aussi faciliter la circulation à vélo ou en transports publics. Des objectifs identifiés par les élus, mais qui nécessitent de grands chantiers et induisent inévitablement une période de transition.

Lire aussi: La biodiversité se réfugie sur les toits

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