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Vaccin anti-papillomavirus: les garçons aussi

L’OFSP conseille dorénavant aux garçons comme aux filles de se faire vacciner contre le HPV. Mais tous les praticiens n’y sont pas favorables

Vaccin anti-papillomavirus: les garçons aussi

Campagne L’OFSP conseille dorénavant aux garçons comme aux filles de se faire vacciner contre le HPV

Mais tous les praticiens n’y sont pas favorables

Et si vous vacciniez votre garçon contre les papillomavirus? La proposition semble à première vue surprenante. On parle le plus souvent des conséquences de ce virus sexuellement transmissible pour les filles. Les papillomavirus humains (HPV) sont essentiellement mis en cause dans le développement du cancer du col de l’utérus qui touche chaque année environ 250 femmes en Suisse.

Mais l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) recommande aujourd’hui aux jeunes garçons de se protéger également contre les HPV. Car ces virus peuvent être à l’origine de certains cancers chez les hommes, notamment ceux de la gorge et de l’anus. Selon l’OFSP, de 79 à 183 cas de cancer pourraient théoriquement être évités chaque année en Suisse grâce à la vaccination. Vacciner les garçons les protégerait aussi d’une infection nettement moins grave mais plus fréquente: les verrues génitales. Le risque pour un individu d’attraper cette infection bénigne mais difficile à traiter serait de 10% au cours d’une vie.

Il existe une centaine de sous-groupes de HPV, mais 90% des verrues sont causées par les types 6 et 11. Quant aux cancers, ils sont dus en grande partie aux HPV 16 et 18. Deux vaccins sont aujourd’hui sur le marché en Suisse: le Gardasil (distribué par Sanofi en Europe), qui protège contre les souches 6, 11, 16 et 18, et le Cervarix (laboratoire GlaxoSmithKline) qui inclut seulement les souches 16 et 18. Les deux produits nécessitent trois injections et coûtent à peu près le même prix en Suisse, soit de 230 à 240 francs la dose. Pour les jeunes jusqu’à 14 ans, deux doses suffisent.

«C’est clairement la combinaison des deux risques – celui, élevé, d’attraper une infection relativement bénigne et celui, faible, de développer une maladie pouvant être grave – qui rend la recommandation du vaccin intéressante pour les garçons, explique Claire-Anne Siegrist, responsable du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève. C’est pourquoi c’est le vaccin tétravalent, c’est-à-dire le Gardasil, qui sera proposé aux garçons par les médecins.» C’est également la prise en compte de ces deux types de risques qui a servi à calculer le rapport coût-efficacité du produit.

La protection des jeunes filles est recommandée depuis 2007 dans les vaccinations de base. Car les hautes instances de la santé considèrent qu’il s’agit non seulement d’une prévention intéressante au niveau individuel mais également d’un enjeu de santé public. Des campagnes ont été mises sur pied avec des objectifs de résultats. Rien de tel pour les garçons, car il ne s’agit pour eux que d’une vaccination complémentaire. Le vaccin ne leur est pas encore remboursé par les caisses d’assurance maladie, mais une décision est attendue à ce sujet pour le mois de juillet.

Pour obtenir un rapport coût-efficacité optimal, il faut vacciner tôt. L’idéal est que le jeune soit immunisé avant d’avoir eu de relations sexuelles. Les adolescents visés ont entre 11 et 14 ans, même si le vaccin demeure recommandé jusqu’à 26 ans.

Le vaccin contre le HPV est actuellement proposé aux adolescentes en même temps que celui contre l’hépatite B, qui se transmet également lors des rapports sexuels. L’OFSP souhaiterait que les garçons, à qui seule la vaccination contre l’hépatite B est proposée aujourd’hui, puissent bénéficier de la même opportunité.

Se prémunir contre les HPV est plus intéressant encore pour les jeunes homosexuels. Ces derniers courent quatre fois plus de risques d’attraper un jour une infection anale à HPV ou des verrues génitales. Les bénéfices augmentent encore pour la population séropositive. Mais vacciner les garçons permet aussi de protéger les filles contre les papillomavirus, particulièrement dans les régions où elles sont peu vaccinées.

La sécurité du vaccin est excellente, selon Claire-Anne Siegrist, qui précise qu’aucune incidence sur la survenue de maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques ou de thromboses n’a été mise en évidence. «Le vaccin HPV fait partie des vaccins dont la sécurité est la mieux établie», conclut-elle.

Mais tous les médecins ne sont cependant pas favorables à la vaccination contre les HPV. Le Dr Jean-Pierre Spinosa, gynécologue à Lausanne, a coécrit un livre et un article sur le sujet, dans lesquels il pointe le manque de preuves scientifiques pour affirmer que le vaccin prévient effectivement le cancer du col de l’utérus. Il remet aussi en cause son innocuité.

Pascal Büchler, médecin généraliste à Yverdon, est du même avis. «On ne connaît pas l’efficacité de ce vaccin, dit-il. Elle est peut-être nulle, alors que ce produit, comme tous les médicaments, a des effets secondaires. On a fait de ce cancer un problème de santé publique alors qu’il n’est que le 15e cancer le plus courant en Suisse. Et même si ce vaccin était totalement efficace, il ferait baisser l’incidence du cancer du col de l’utérus au maximum de 70%, alors qu’un dépistage systématique ferait chuter le nombre de cas de 90%.» Une aberration, selon le praticien, imputable à l’influence des entreprises pharmaceutiques.

Certains professionnels de la santé craignent que ces campagnes de vaccination donnent une fausse impression de sécurité aux jeunes. D’autres remettent en cause l’utilité d’un vaccin qui ne protège que contre quelques-unes des souches du papillomavirus.

Un nouveau produit vient toutefois d’être mis sur le marché: le Gardasil 9. Plus complet que le Gardasil, il permet de prévenir contre l’infection de neuf souches du HPV. Mais ne protège pas encore de tous les types de papillomavirus cancérigènes. Son utilisation a été approuvée par la Food and Drug Administration aux Etats-Unis en décembre 2014. Il devrait être soumis à l’approbation de l’Agence européenne des médicaments dans les mois à venir.

Reste la question du rôle de la vaccination: à partir de quel rapport coût-efficacité doit-on vacciner les jeunes? Augmente-t-on l’opportunité de vacciner si le produit protège également contre des infections désagréables mais relativement inoffensives? La réponse n’est pas la même dans toutes les cultures, ni parmi tous les praticiens. D’autant plus que le développement de maladies comme le cancer ne s’observe que sur le long terme. Le débat est né en même temps que les vaccins, il n’est pas près de s’éteindre.

Vacciner les garçons les protégerait aussi d’une infection moins grave: les verrues génitales

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