La disparité des chiffres a de quoi surprendre. Alors qu’un peu plus de 51% des enfants canadiens entre 5 et 11 ans et 52% des petits Espagnols du même âge ont déjà reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, seuls 5% l’ont été en Suisse et 3,5% en France.

Plusieurs facteurs peuvent certainement expliquer ces différences: l’un deux touche assurément à la réticence de nombreux parents à faire vacciner leurs enfants, parce qu’ils n’y voient pas l’intérêt ou par peur des effets secondaires. Sur ce dernier point, néanmoins, les chiffres et les spécialistes se montrent très rassurants.

Sur la balance bénéfice-risque du vaccin

L’un des points parfois évoqués concerne les bénéfices qu’apporte la vaccination et les risques qu’elle ferait courir aux enfants. Cette balance bénéfice-risque est-elle vraiment suffisante face à un variant Omicron certes très transmissible mais aussi, selon les dernières données, moins sévère que ses prédécesseurs?

Sur cet aspect, Pierre-Alex Crisinel, médecin associé au sein de l’Unité d’infectiologie pédiatrique et vaccinologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne, se montre très clair: «La balance bénéfice-risque est en faveur de la vaccination. Chez les enfants, il y a très peu de formes graves de la maladie, probablement encore moins avec le variant Omicron, mais il y a encore moins de risques d’effets secondaires lourds liés au vaccin.»

Lire aussi: Que sait-on des enfants hospitalisés en raison du Covid-19?

Un point de vue partagé par Claire-Anne Siegrist, directrice du Centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève: «Oui, les risques du Covid-19 sont plus faibles chez les enfants, en particulier avec Omicron, mais ils ne sont pas nuls puisque actuellement plusieurs enfants doivent être hospitalisés chaque semaine. Par comparaison, les risques connus de la vaccination sont plus faibles, ce qui fait dire aux autorités que le rapport bénéfice-risque du vaccin est suffisant pour le recommander.»

Comme c’est le cas depuis maintenant plusieurs semaines, le nombre de nouvelles infections a significativement augmenté chez les 0-9 ans et les 10-19 ans avec l’arrivée de la vague Omicron. Même si ce variant semble effectivement entraîner des cours de la maladie moins sévères, y compris chez les plus jeunes, le nombre considérable d’enfants infectés – et le faible taux de vaccination chez les plus de 5 ans – a entraîné une hausse sensible des hospitalisations pédiatriques, que cela soit aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud, ou encore en Suisse. Selon les dernières statistiques de l’Office fédéral de la santé publique, les 0-9 ans représentaient entre le 1er et le 16 janvier la cinquième tranche d’âge la plus touchée par les hospitalisations, avec 4,22 cas hospitalisés pour 100 000 habitants, contre 3,70 pour les 30-39 ans, 3 pour les 40-49 ans, ou 5,77 pour les 50-59 ans.

Dans ce sens, une étude en prépublication réalisée par une équipe française et conduite sur des enfants entre 12 et 17 ans a permis de démontrer l’efficacité du vaccin contre l’apparition du syndrome inflammatoire multi-systémique (PIMS-TS), une complication rare mais grave pouvant toucher les enfants plusieurs semaines après une infection et nécessitant une hospitalisation. Chez les enfants vaccinés, le taux de déclaration était de 1,1 pour 1 million de doses injectées, contre 113 chez les enfants infectés par le SARS-CoV-2.

Par ailleurs, des études récentes ont montré que 1 ou 2% des enfants infectés présentaient des séquelles post-infection persistant au-delà de 56 jours (comme de la fièvre, des troubles cognitifs, des douleurs musculaires, une grande fatigue, ou encore de la diarrhée). Si les données manquent encore au sein de la population pédiatrique, celles disponibles chez les adultes semblent suggérer que les vaccins réduisent le risque de développer un covid long.

Sur les effets à long terme des vaccins à ARN messager

Impacts sur la croissance, sur la fertilité ou sur la puberté… Les craintes liées aux vaccins à ARN messager sont nombreuses lorsqu’il est question de les administrer aux plus jeunes. Y a-t-il d’infimes raisons de croire que cette technologie pourrait provoquer ce type d’effets secondaires sur le long terme?

Lire aussi: La vaccination des 5-11 ans en quatre questions

«Biologiquement, il n’y a pas de mécanismes connus qui permettraient d’alimenter ces peurs instinctives compréhensibles, analyse Claire-Anne Siegrist. En effet, la réaction du corps à un vaccin à ARN est très semblable à la réaction du corps à une infection virale et le système immunitaire des enfants fait face sans difficulté à bien plus d’infections virales que celui des adultes.»

«Je ne crois pas à ce type d’effets à long terme car il n’y a aucune intégration de l’ARNm vaccinal dans le génome humain, ajoute Pierre-Alex Crisinel. On oublie que chaque année, on est infecté par des virus à ARN qui ne provoquent aucun problème de fertilité, de croissance ou de puberté.»

Il faut aussi rappeler que l’ARN est une molécule très fragile, dégradée en quarante-huit heures dans l’organisme. Qu’ils soient naturels ou synthétiques, les ARNm ne pénètrent jamais dans le noyau cellulaire, où se trouve le code génétique d’un individu, c’est la raison pour laquelle ils n’interfèrent pas dans les mécanismes liés à l’hérédité cellulaire et ne peuvent pas être transmis aux cellules de la génération suivante.

Sur le manque de recul du vaccin en population pédiatrique

Il y a encore quelques semaines, les données de sécurité issues des études conduites par les entreprises pharmaceutiques auprès des 5-11 ans (sur 3109 enfants pour Pfizer/BioNTech et 4753 enfants pour Moderna) ne permettaient pas encore de conclure sur le risque d’effets secondaire rares et potentiellement graves, compte tenu du nombre limité de personnes ayant reçu le vaccin dans ces essais cliniques. Ce n’est désormais plus le cas. «Nous avons à présent les données américaines de plusieurs millions d’enfants vaccinés et on ne connaît pas de vaccin produisant des effets secondaires au-delà de quelques semaines après leur administration», pointe Pierre-Alex Crisinel.

«On sait qu’avec les vaccins, les effets secondaires graves à long terme sont constatés dans les quatre à six semaines après la vaccination, c’est-à-dire dans le laps de temps où le système immunitaire est le plus activé», appuie de son côté Alessandro Diana, spécialiste en vaccinologie et responsable du Centre de pédiatrie de la Clinique des Grangettes à Genève.

Lire aussi: Quand la vaccination des enfants déchire papa et maman

Dans ce sens, un rapport publié fin décembre par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américains, et basé sur les systèmes de pharmacovigilance VAERS et v-safe, montre que le vaccin s’avère extrêmement sûr chez les 5-11 ans.

Selon le système VAERS, sur 8,7 millions de doses administrées du vaccin de Pfizer/BioNTech (consistant en deux injections de 10 microgrammes à trois semaines d’écart) 4249 déclarations d’effets secondaires ont été remontées, dont 97,6% étaient bénins. Parmi la centaine de déclarations d’effets secondaires jugés comme sérieux se trouvaient en premier lieu la fièvre (n = 29) et des vomissements (n = 21).

En outre, selon le système de déclaration v-safe, qui a collecté les données de 42 504 enfants entre 5 et 11 ans, les réactions les plus fréquemment signalées après la première ou la seconde dose était la douleur au point d’injection, la fatigue et les maux de tête. La fièvre a davantage été reportée après la seconde dose (13,4%) qu’après la première (7,9%).

Sur le risque de myocardite chez les 5-11 ans

S'il existe bien un léger sur-risque de myocardite ou de péricardite post-vaccinale chez les 18-30 ans, comme l’a notamment montré l’étude française EPI-PHARE – qui pointait 132 cas en excès chez les hommes et 37 cas en excès chez les femmes pour 1 million de doses injectées du vaccin de Moderna –, une analyse américaine montre que le vaccin peut être considéré comme très sûr pour les enfants entre 12 et 15 ans et entre 5 et 11 ans.

Ainsi, selon le système de déclaration VAERS, 256 cas de myocardite sur près de 19 millions de doses administrées seraient survenus chez les 12-15 ans (soit 45,7 cas en excès chez les garçons et 3,8 cas chez les filles sur un million de doses administrées), alors que seuls 12 cas ont été répertoriés chez les 5-11 ans sur 8,7 millions de doses injectées (soit 4,3 cas en excès chez les garçons et 2 cas en excès chez les filles par million de doses injectées), ce qui constitue un risque extrêmement faible. Ces manifestations sont par ailleurs généralement peu sévères avec une évolution favorable souvent très rapide.

Sans compter que le SARS-CoV-2 peut lui-même générer des myocardites, une étude américaine ayant en effet montré que le risque de développer cette affection cardiaque inflammatoire était en moyenne 16 fois plus élevé chez les personnes infectées par le SARS-CoV-2 que les individus non infectés.

Lire aussi: Covid-19: les myocardites pédiatriques ont leur propre signature moléculaire

«Ce rapport est très rassurant et confirme, avec quelques mois de recul, que le risque de la vaccination est plus faible que celui du covid, même chez les enfants», conclut Claire-Anne Siegrist.