Les jours de la station russe Mir sont comptés. Ce matin, à 7 h 56, un dernier vaisseau cargo Progress doit s'envoler du cosmodrome de Baïkonour pour rallier le laboratoire orbital. On avait pris l'habitude de voir décoller ce type de convoi qui avait pour mission de ravitailler la station en nourriture, en eau et en oxygène. Celui-ci est beaucoup plus funèbre. Il transporte le carburant destiné à donner le coup de frein fatal à la station russe, âgée aujourd'hui de 15 ans, qui doit plonger le 6 mars prochain dans l'océan Pacifique.

Les opérations de sabordage de la station seront dirigées depuis le sol. Mir est en effet inoccupée depuis de longs mois, et le vaisseau Progress qui part la rejoindre est censé faire son approche et s'arrimer de façon totalement automatique. Pour économiser du carburant, il mettra exceptionnellement quatre jours pour faire le trajet, le double du temps habituel. Au cas où les manœuvres d'approche et d'arrimage automatique devaient échouer, deux cosmonautes russes – Gennady Padalka et Nikolai Budarin – sont prêts à effectuer le voyage vers la station pour prendre manuellement la direction des opérations.

Plongeon dans le Pacifique

Le sabordage est prévu en plusieurs étapes. Arrimé à la station, le vaisseau Progress allumera par trois fois ses moteurs dans le sens inverse de la progression sur l'orbite, les 4 et 5 mars prochains, dans le but de faire ralentir la station d'environ 100 km/h. Mais c'est le 6 mars que le coup de frein mortel sera donné. Les moteurs de la fusée Progress seront enclenchés alors que la station survolera l'Afrique. Cette nouvelle décélération durera un peu plus de treize minutes. Devenue trop lente pour s'affranchir de l'attraction terrestre, Mir entamera aussitôt son plongeon vers le Pacifique Sud. Elle effectuera une trajectoire de type parabolique qui passera bien au-dessus de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et des îles Marquises.

Les débris de la station devraient amerrir dans une zone de 6000 km de long sur 200 de large, inhabitée et peu fréquentée par les navires et les avions, pour éviter tout risque d'accident. Selon les estimations des experts, quelque 50 tonnes de déchets solides de taille variable devraient parvenir sur Terre. Le reste de la construction spatiale – environ 130 tonnes de modules habitables, de panneaux solaires et d'antennes – se consumera en traversant les couches de l'atmosphère. Ce sera le dernier coup d'éclat de la station russe.