Vaut-il mieux connaître à l’avance ou pas l’âge de sa propre ménopause? Ça serait vraiment pratique, diront les chantres de l’organisation. La vie est déjà bien assez compliquée comme ça, rétorqueront les plus fatalistes. A une époque où l’âge de la procréation se fait plus tardif, disposer de cette information serait toutefois crucial pour les femmes affectées par la ménopause précoce, dont la fertilité baisse drastiquement dès 30 ans. Une étude britannique publiée au mois d’octobre dans la revue Human Molecular Genetics montre qu’un simple test génétique permettrait de mieux prédire ce phénomène.

Dans les populations caucasiennes, l’âge moyen de la ménopause est de 51 ans. Chez une femme sur vingt, elle survient toutefois avant 45 ans, et chez une femme sur cent, avant 40. «Mais on devient infertile approximativement dix ans avant la ménopause, souligne Dorothea Wunder, de l’Unité de médecine de la reproduction de la maternité du CHUV. Bien sûr, un miracle est toujours possible, mais la procréation devient toujours plus improbable.»

«On estime que l’âge de la ménopause est environ à 50% héréditaire», explique une des auteurs de l’étude, Anna Murray, de l’école de médecine Peninsula de l’Université d’Exeter, dans les Cornouailles. Ce qui suggère une origine génétique. «L’âge de la ménopause de la mère est un bon indicateur, poursuit la chercheuse. En raison des gènes qu’elle partage avec sa fille mais aussi d’un environnement souvent comparable. Toutes deux sont habituellement de la même classe sociale et vivent dans la même aire géographique.»

Les facteurs environnementaux ont en effet aussi leur importance. «La cigarette, les drogues ou la malnutrition peuvent avancer l’âge de la ménopause, complète Dorothea Wunder. Chez les femmes qui fument, elle survient trois ans plus tôt en moyenne.» Bien qu’il n’existe pas de données scientifiques sur le sujet, il semble au contraire que la grossesse épargne, voire entretienne, la fertilité: plus une femme a eu d’enfants, plus elle reste longtemps fertile. «Mais tout cela est peut-être lié à la fertilité de départ de l’individu», relativise Dorothea Wunder.

De récentes études examinant l’entier du génome humain avaient identifié quatre variations génétiques associées aux variations dans l’âge normal de la ménopause. Les chercheurs britanniques ont voulu tester si elles étaient aussi impliquées dans la ménopause précoce. Pour les quatre gènes concernés, chaque individu a huit allèles (versions du gène) différents. Dans l’échantillon, personne ne portait aucun des allèles à risque. Mais les chercheurs ont pu constater que les femmes qui n’en avaient que deux ou trois avaient quatre fois moins de chances d’arriver à la ménopause avant 45 ans que celles qui en avaient huit.

Un simple test ADN utilisant de la salive ou du sang permettrait donc de mieux évaluer les risques. «Mais ce n’est pas encore assez, relève Anna Murray. Pour l’instant, ce test permettrait seulement d’affiner le faisceau de probabilités d’atteindre la ménopause avant 45 ans de un sur vingt à un sur dix.» A ses yeux, il faut encore trouver d’autres gènes impliqués et incorporer les facteurs environnementaux pour parvenir à mettre au point un test assez précis. Elle dit toutefois que cette perspective est envisageable dans les cinq années qui viennent même s’il s’agira toujours de pronostics exprimés en termes de probabilités.

De manière générale, il y a une forte demande pour la mise au point d’une méthode pour prévoir l’âge de la ménopause. «Beaucoup d’énergie est déployée dans ce domaine, note Dorothea Wunder. Ce serait tellement pratique de pouvoir se faire une idée, pour sa ­carrière professionnelle notamment.» Mais la spécialiste demeure pour l’instant assez sceptique sur la possibilité d’obtenir des résultats précis longtemps à l’avance.

Aujourd’hui, on procède à des bilans qui renseignent la femme sur l’état actuel de sa fertilité. Par échographie, on évalue la taille des ovaires et le nombre de follicules qui produisent les ovules, ce qui permet d’estimer la réserve encore à disposition. Certaines hormones sont aussi utiles pour jauger le potentiel de fertilité, comme l’hormone antimullérienne qui est produite dans les petits follicules et donne donc une idée de l’état de fonctionnement des ovaires.

En juin, une équipe de chercheurs iraniens annonçait, lors d’une conférence sur la fertilité à Rome, qu’ils avaient mis au point un test de prédiction de l’âge de la ménopause basé justement sur le niveau de cette hormone. Sur les 266 femmes âgées de 20 à 49 ans qu’ils ont suivies, 63 ont atteint l’âge de la ménopause durant leur étude. «Pour un tiers d’entre elles, nos prédictions étaient justes à quatre mois près, avait déclaré Fahimeh Ramezani Tehrani, de l’Université des sciences médicales Shahid Beheshti de Téhéran, à la BBC. Et la marge d’erreur maximale était de trois ou quatre ans.» La chercheuse ajoutait toutefois que ces travaux devaient encore être approfondis.

Selon Anna Murray, l’hormone antimullérienne ne permet toutefois que de se prononcer pour les deux à trois ans à venir. «Certaines études disent pouvoir faire des prédictions à dix ans, commente-t-elle. Mais il faut retester les patientes tous les deux ans, alors…» A ses yeux, l’approche génétique est plus concluante. D’autant qu’elle ne dépend pas de l’âge et que le dépistage pourrait donc se faire très tôt.

Pour une fille, «l’âge de la ménopause

de sa mère est un bon indicateur»