Avec le beau temps, les fenêtres et les portes des maisons s’ouvrent, laissant s’échapper chiens et chats vers des aventures hélas parfois malheureuses. Chutes de balcon, accidents de la route, blessures en tout genre peuvent toucher les animaux de compagnie. Dans les cas les plus sévères, une hospitalisation est nécessaire. Or l’hôpital public pour animaux le plus proche des maîtres habitant la Suisse romande se trouve… à Berne. Puis le prochain à Zurich. Une distance à parcourir qui peut être contraignante et coûteuse pour certains propriétaires. D’où les lancements de plusieurs initiatives de grandes structures de soins vétérinaires, les deux dans la région lausannoise. Les vétérinaires qui sont à l’origine de ces projets poursuivent cependant des objectifs différents.

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Tous les praticiens romands interrogés sont unanimes sur le besoin d’une clinique dans la région, surtout à Genève, la ville la plus éloignée de Berne. «Notre principal problème, aujourd’hui, est qu’il n’existe pas de centre vétérinaire ouvert jour et nuit en Suisse romande, dit Valérie Derivaz, présidente de l’association SOS Chat à Genève. Quand un animal est malade le samedi, on est obligé de le déplacer chez un autre vétérinaire de garde le dimanche et il n’y a pas de surveillance continue. De plus, tous les vétérinaires ne possèdent pas des cages équipées d’oxygène. C’est souvent indispensable pour les animaux tombés du balcon avec un pneumothorax ou qui ont été asphyxiés.»

Des vétérinaires genevois ont décidé de se relayer pour assurer des gardes. Rodolphe Spycher est l’un d’eux: «Envoyer l’animal à Berne énerve parfois le propriétaire. Ce n’est pas forcément loin mais c’est quand même une heure et demie de trajet et la langue change.»

32 chats et 26 chiens en stationnaire

Fort de ce constat, Kevin Diserens, vétérinaire à Lausanne, a décidé il y a plusieurs mois de mettre sur pied une clinique vétérinaire ouverte jour et nuit avec son propre réseau de spécialistes. La construction du centre est en cours dans le quartier de la Maladière et l’ouverture est prévue pour août-septembre 2017. «Nous avons reçu l’autorisation de médecin vétérinaire cantonal. Il s’agira à la fois d’une infrastructure pour des longs suivis et d’une plateforme de spécialistes et d’équipements – scanner, salles d’opération, échographie – pour le traitement des animaux de compagnie, majoritairement des chats et des chiens. Je suis en contact avec des spécialistes pour qu’ils rejoignent le centre: ophtalmologue, chirurgien, cardiologue, radiologue, dentiste et physiothérapeute. Je vise une capacité d’accueil d’au maximum 32 chats et 26 chiens en stationnaire.» Le vétérinaire lausannois dit avoir engagé des fonds privés familiaux pour construire cette clinique.

Cependant on ne peut pas qualifier ce projet d’«hôpital» pour animaux, comme l’explique Giovanni Peduto, vétérinaire cantonal vaudois: «Pour qu’un centre vétérinaire porte le nom d’hôpital, comme ceux de Berne et Zurich, il doit obligatoirement être lié à un volet de formation post-grade ou universitaire de sciences vétérinaires. Cette question ne s’est jamais posée dans le canton de Vaud car il n’y a pas eu de projet déposé auprès des autorités de l’instruction jusqu’à présent.»

«Occuper les clients pendant le séjour de l’animal»

Mais cela pourrait changer car un tel projet de centre se disant hospitalier est en cours à Ecublens, à un stade très préliminaire pour l’instant. Son initiateur, le vétérinaire Jean Pfister, a créé il y a plusieurs mois une association dont le but est de concrétiser un avant-projet intitulé «Vers la création d’un premier centre hospitalier pour animaux en Suisse romande», d’après son site internet. Cependant les critères d’appellation sont stricts pour le vétérinaire cantonal: «J’ai rendu attentif les initiants de ce projet d’hôpital qu’il faudra revoir le nom s’il n’y a pas de formation universitaire.»

Le projet d’Ecublens consisterait en un «centre de référence hospitalier avec des spécialistes vétérinaire qui consultent exclusivement des cas référés par les vétérinaires praticiens en Suisse romande», selon son initiateur, avec un volet de formation universitaire. «Notre vision est celle d’un développement plus large pour occuper les clients pendant le séjour de l’animal à l’hôpital, avec un bâtiment abritant le centre vétérinaire mais aussi des infrastructures commerciales annexes», complète Jean Pfister.

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Y a-t-il vraiment besoin de deux grands centres vétérinaires à Lausanne? Selon Jean Pfister, son projet «n’a pas du tout la même vision ni les mêmes objectifs» l’autre. Le projet d’hôpital inclut dès 2017 la création d’une fondation qui sera en charge de la levée de fond nécessaire à la construction de l’infrastructure sur un terrain déjà réservé près de l’EPFL. Cette fondation permettra aussi, grâce aux revenus de l’exploitation du site, de financer les soins vétérinaires qui seraient trop chers pour les propriétaires d’animaux les plus démunis. «Le volet humanitaire de la fondation est à nos yeux primordial. Une des motivations de ce projet est en effet de pouvoir soigner les maladies aiguës ou chroniques d’animaux dont les propriétaires vivent dans le besoin, et souvent dans la solitude, et leur permettre ainsi de garder le plus longtemps possible les compagnons de leur vie.»

Parmi les spécialistes approchés par Jean Pfister figurent Barbara Kaser-Hopf, sommité de l’oncologie et radiologie animale qui exerce dans une clinique à Zoug. «Nous avons beaucoup de cas qui viennent de Lausanne et de Genève, dit-elle. Mon premier patient en radiothérapie venait de Romandie, c’était il y a 20 ans. Aujourd’hui j’ai environ quatre animaux avec un cancer par semaine qui viennent de Suisse romande. Il n’y a personne d’autre en Suisse qui maîtrise à 100% l’oncologie. Je suis prête à aider tout le monde car c’est important que la qualité des soins soit assurée.»