Après Vaud lundi, c’est au tour du Jura d’annoncer ce jeudi un élargissement de sa campagne vaccinale. Dès le 6 mai, il sera possible de se faire vacciner contre le covid dès l’âge de 16 ans dans le canton, qui indique dans son communiqué que seul le vaccin de Pfizer sera administré en dessous de 18 ans. Le produit de Moderna n’a été formellement validé qu’à partir de 18 ans, au vu des données cliniques fournies. Une stratégie qui remporte un certain succès.

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Dans le canton de Vaud, le site permettant de prendre rendez-vous a été pris d’assaut, générant des files d’attente. «Lundi matin avant d’ouvrir nous avions 90 000 personnes inscrites sur notre système de réservation, et il y a désormais 193 000 personnes inscrites», précise Oliver Peters, qui dirige le comité vaudois de pilotage du plan de vaccination. Les jeunes en particulier se sont inscrits en masse: 63% des nouveaux inscrits ont moins de 30 ans. Depuis lundi, environ 23 000 personnes de la tranche d’âge 18-49 ans ont déjà reçu une dose. Soit quasiment 6% de la population vaudoise de cet âge.

Le rythme actuel de vaccination est d’environ 7000 doses par jour et devrait augmenter à 10 000 dans quatre semaines.

Le rythme actuel de vaccination est d’environ 7000 doses par jour et devrait augmenter à 10 000 dans quatre semaines. Une accélération permise par l’ouverture de nouveaux centres de vaccination lundi, notamment à Montreux. «Avec ces nouvelles structures, nous nous sommes rendu compte qu’il y aurait des plages de vaccination non utilisées si nous ne faisions rien, détaille Oliver Peters. Il ne nous semblait pas utile de laisser des plages vacantes en attendant que les dernières personnes de plus de 50 ans se fassent vacciner.» Le canton comptabilisait avant lundi 25 000 personnes vaccinées dans la tranche d’âge 50 à 64 ans et 90 000 inscrites pour la vaccination, soit environ les deux tiers de la population concernée, une couverture jugée «raisonnable».

Une stratégie discutée

Le canton de Vaud comme celui du Jura tablent sur une augmentation des livraisons des vaccins de Moderna et de Pfizer à la Confédération. Une stratégie contestée du côté de Genève par le conseiller d’Etat Mauro Poggia. «Les cantons devraient recevoir 500 000 doses du vaccin Moderna vendredi, mais l’Office fédéral de la santé publique n’a toujours pas définitivement confirmé la livraison», rappelle ce dernier dans le Tages-Anzeiger, pointant les risques de reports ou d’annulations des rendez-vous en cas de retard de livraison. A Genève, le vaccinodrome de Palexpo sera fermé lundi et mardi prochains, faute de doses.

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«S’il devait y avoir un problème d’approvisionnement, nous repousserions l’administration des premières doses en priorité. En cas de catastrophe absolue, nous pouvons reporter les deuxièmes doses de deux semaines maximum», estime Oliver Peters. D’un point de vue médical, le report de l’administration d’une seconde dose de deux semaines ne pose pas de problème.

Pour Alessandro Diana, médecin et expert à Infovac, la plateforme d’information sur les vaccinations en Suisse, la question de l’approvisionnement se pose, mais la comparaison entre les cantons n’a pas de sens: «La décision d’ouvrir les vannes se fait au niveau cantonal, d’où ces disparités, mais l’ouverture de la vaccination à partir de 16-18 ans devrait avoir lieu au niveau national dans les deux prochaines semaines.»

Une campagne sur la base du volontariat

Si l’acheminement des doses suscite des questionnements, l’élargissement de la vaccination à un plus large pan de la population se justifie du point de vue de santé publique. L’objectif initial de la stratégie vaccinale était de protéger les personnes âgées ou à risque, mais désormais il s’agit aussi de réduire la circulation du virus. «C’est une campagne basée sur le volontariat, sans obligation, il y a des personnes vulnérables ou âgées qui ont choisi de ne pas se faire vacciner, souligne Alessandro Diana. D’un point de vue de santé publique, quand on a atteint 65-70% de vaccinations dans une tranche d’âge, on peut ouvrir à la suivante.» Dans le canton de Vaud, le taux de vaccination des plus de 74 ans atteint 67,6% de la population et s’élève quasiment à 90% pour les personnes atteintes de maladies chroniques.

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«Ce qui pourrait aussi changer la donne, c’est la recommandation de n’administrer qu’une seule dose aux personnes ayant déjà eu le covid», rappelle Alessandro Diana. Une solution qui permettrait d’économiser une partie des stocks de vaccin. Mais, pour le moment, seul un test PCR positif est pris en compte dans ce cadre. «Quelques pays ont commencé à émettre cette recommandation en cas de sérologie positive [sur la base d’anticorps présents dans le sang, qui témoignent d’une infection passée, ndlr], mais ce n’est pas encore le cas en Suisse», ajoute le médecin.