French touch n'est pas la seule société à s'être concentrée sur les jeux vidéo dans la région. Il semble même se dessiner une constellation de projets ambitieux. Et si était en train de se constituer une sorte de «Game Valley» entre Genève et Lausanne?

Le projet le plus risqué, peut-être, mais également le plus excitant est celui d'Olivier Morgan. Il veut faire de Komodo Entertainment Software, sa société en cours de dépôt au Registre du commerce de Genève (le tout sera finalisé le 26 janvier), la première entreprise programmant de jeux «massivement en ligne» pour la console que Microsoft a annoncée, la Xbox. Si les jeux «en ligne» ont fait leur apparition récemment, ils ne permettent qu'à plusieurs dizaines de joueurs tout au plus de se connecter en même temps. Les produits «massivement en ligne» devraient profiter à des milliers d'utilisateurs en même temps. Le pari d'Olivier Morgan est basé sur la vitesse: «Aucune société dans le monde ne fait ce que nous faisons. Toutes se sont lancées dans la programmation de jeux en ligne, massivement ou pas, mais pour plate-forme PC. Convertir leur travail au format console rallongerait leur temps de travail d'un tiers. Nous nous sommes lancés directement dans la Xbox. Un avantage qui devrait nous permettre de travailler au même rythme que celui qu'adopterait un grand studio.» L'équipe de Komodo, en cours de constitution, comptera cinq personnes dont trois développeurs qui cumulent une vingtaine d'années d'expérience et de jeux sortis. Le capital de Komodo est «en cours de bouclage». La société intégrera le Parc scientifique de l'EPFL (PSE) dès qu'elle l'aura complété. Elle collabore déjà avec le Département informatique de la Haute école ainsi qu'avec le Laboratoire de traitement des signaux de Murat Kunt. Mais Komodo travaille d'ores et déjà avec Microsoft. Elle fait partie des projets retenus (20% des dossiers présentés) pour le programme d'incubation du géant informatique.

Amma Interactive a intégré le PSE le 1er janvier dernier. La société sera définitivement créée début février. Elle emploiera quatre personnes, toutes formées à l'EPFL. Amma s'apprête à lancer deux produits. Le premier, courant mars, sera «très grand public» (un jeu en ligne multi-plateforme et multi-joueurs) alors que le second s'annonce plus pointu. «Un jeu en ligne à univers permanent. Le joueur évolue dans un monde fixe mais il construit son propre personnage», raconte Eric Moreau, l'un des quatre associés avec Nathalie Stockhammer, Patrick Zani et Nicolas Chauvin, tous la trentaine. La première ville en ligne, en partie du moins, sera Lausanne. Le joueur aura trois minutes pour séduire les autres participants. Le jeu sera gratuit mais la connexion au service payante. Autre source de revenus: la publicité, intégrée au contenu du jeu. Il devrait être disponible dans neuf mois. «Nous sommes en recherche de financement pour le deuxième projet, continue-t-il. Nous avons d'ores et déjà trouvé un partenaire.» Amma a été sélectionnée par l'institut IMD pour être suivie durant cette année par ses étudiants.

Cyberbotics, enfin, est en train de réorienter son activité de la robotique vers les jeux vidéo. La société d'Olivier Michel, également basée au PSE, avait participé à la mise au point de Koala, un robot à partir duquel la Nasa avait élaboré Pathfinder, la machine qui avait roulé sur Mars. Aujourd'hui elle se détourne de ce marché de niche et va tenter de transvaser son savoir-faire vers des produits grand public. Un jouet, notamment, qui aurait une double existence: en ligne et dans le monde réel.