En Europe, le risque d’épidémie liée au virus Zika cet été s’échelonne de «faible à modéré», a estimé mercredi l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans une nouvelle évaluation.

Avec les beaux jours qui reviennent les moustiques du genre Aedes, vecteurs de la maladie, sortent peu à peu de leur diapause, sorte de période d’hibernation. Leur réveil, combiné aux mouvements estivaux de populations liés aux vacances et aux événements sportifs, est surveillé de près par l’OMS qui redoute une épidémie. Bien qu’asymptomatiques dans 60 à 80% des cas, les patients infectés peuvent souffrir de syndromes neurologiques graves tels que le syndrome de Guillain-Barré, et les nouveau-nés de mères exposées durant la grossesse de microcéphalie.

Selon la synthèse de l’OMS, trois zones sont les plus exposées à la transmission du virus Zika: l’île portugaise de Madère, ainsi que les côtes russes et géorgiennes de la mer Noire. Il s’agit sans surprise de régions où vit le vecteur principal de la maladie, le moustique Aedes aegypti, déjà à l’origine des épidémies sévissant depuis des mois dans 58 pays d’Amérique Centrale et du Sud, les Caraïbes ainsi que dans le Pacifique jusqu’en Asie du Sud Est.

Dix-huit autres pays, dont la Suisse, la France et l’Italie présentent un risque qualifié de «modéré». Ils abritant en effet le vecteur secondaire de la maladie, le moustique-tigre Aedes albopictus. Dépourvus de ces deux espèces de moustiques, les pays restants sont classés à risque «bas», «très bas», voire «inexistant» lorsque leurs conditions climatiques ne permettent pas aux moustiques de se reproduire.

Exercice de santé publique

En conclusion, l’OMS exhorte les pays concernés à renforcer la lutte antimoustique et les moyens de détection précoce de la maladie, ainsi qu’à renforcer l’information, en particulier auprès des populations vulnérables telles que les femmes enceintes.

Les ingrédients théoriques pour déclencher une épidémie ont beau être réunis, cela ne veut pas dire qu’elle aura lieu, avertit Laurent Kaiser, chef du service des maladies infectieuses aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «Pour qu’il y ait transmission, il faut qu’un voyageur revienne infecté en Europe, qu’il soit dans une phase propice à la transmission, qu’il se fasse piquer par un des vecteurs et enfin que ce moustique aille piquer d’autres personnes. Cela fait beaucoup de facteurs difficiles à prendre en compte, si bien qu’il est très périlleux de se lancer dans de telles prédictions. On le voit d’ailleurs au Brésil où la maladie se propage de manière hétérogène.»

Reste que, tempère le médecin, «l’OMS se doit d’envisager les scénarios du pire, car beaucoup de pays se décident d’agir une fois que les recommandations ont été émises. C’est donc aussi un exercice de santé publique nécessaire».