Médecine

La vitamine C, arme contre les leucémies?

Deux nouvelles études suggèrent que la vitamine C aurait un effet protecteur contre certains cancers du sang, du moins chez l'animal

La vitamine C et le cancer, c'est une histoire qui dure. La molécule-phare des agrumes est suspectée depuis les années 1970 d'avoir un effet protecteur sur le développement de certaines tumeurs. Deux publications reviennent cette semaine sur le rôle de la vitamine C dans certains cancers du sang appelés hémopathies malignes, avec des résultats qui ne manqueront pas de relancer le débat sur son utilisation. 

La première, publiée dans Nature par l’équipe de Sean Morrison de l’Université du Texas de Dallas, montre qu’une carence en vitamine C accélère le développement d’une leucémie, ou cancer du sang, chez des souris. Le mécanisme en question tient en grande partie à un gène nommé Tet2, gène connu pour gouverner la fabrication d’une enzyme dont l'activité nécessite la présence de vitamine C. 

Les chercheurs ont évalué les conséquences d’un rétablissement de taux normaux de vitamine C chez des souris leucémiques. L’apport en vitamine C dans l’eau de boisson a entraîné une amélioration de la survie des rongeurs ainsi qu’une réduction significative du nombre des cellules malignes dans le sang.

Nouvelle option thérapeutique

La seconde étude, publiée dans Cell, est signée par des chercheurs de l’Université de New York. Benjamin Neel et ses collègues ont utilisé des souris génétiquement manipulées, avec une absence totale ou partielle des deux copies du gène Tet2. Puis ils ont injecté des cellules leucémiques humaines dans la moelle osseuse des rongeurs. Résultat, en injectant des doses élevées de vitamine C aux souris ayant le gène Tet2 désactivé, les biologistes ont pu bloquer la progression de la leucémie.

«Ces résultats laissent entrevoir une nouvelle option thérapeutique: l’ajout de vitamine C pour augmenter l’efficacité d’une chimiothérapie standard dans les hémopathies malignes avec altération de Tet2», commente le Pr Michael Medinger du service d’hématologie de l’hôpital universitaire de Bâle. «Nous avons cependant besoin d'essais cliniques pour valider ce concept. Il faudrait évaluer l’efficacité d’une chimiothérapie standard associée à la vitamine C à fortes doses versus une chimiothérapie standard avec placebo», insiste ce spécialiste.

Olivier Bernard, hématologue à l’Institut Gustave-Roussy à Villejuif estime que «cette preuve de concept montre que l’on pourrait traiter des patients avec des mutations de Tet2 à des étapes très précoces de leur pathologie, voire avant la survenue des symptômes. Encore faudrait-il pouvoir atteindre des taux suffisants de vitamine C dans la moelle osseuse».

Pour ce faire, oubliez oranges et kiwis: la seule façon d’atteindre des concentrations élevées de vitamine C dans l’organisme est de l’administrer en injection intraveineuse.

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