La «dataviz» (visualisation de données en bon français) est à la mode: on ne trouve quasiment plus de données numériques qui ne soient accompagnées de graphiques plus ou moins sophistiqués. On a quelques fois l’impression que leur intérêt est d’abord esthétique: attirer l’œil du lecteur, sans que celui-ci apprenne grand-chose. Mais leur fonction première reste de rendre l’information chiffrée plus accessible et compréhensible, surtout quand elle est complexe.

Deux chercheurs de l’Université Cornell ont récemment publié un article qui semble montrer que ce but est atteint: confronté à une publicité pour un nouveau médicament, les lecteurs étaient plus convaincus de l’efficacité de ce dernier quand les informations étaient présentées sous forme de diagramme que lorsqu’elles l’étaient sous forme de simple texte. Une preuve de l’efficacité de l’information graphique? Malheureusement, l’histoire ne s’arrête pas là. Selon les expériences réalisées par les chercheurs, ce n’est pas le contenu du graphique qui a convaincu les lecteurs, mais sa simple présence – et le même effet est observé si l’on inclut une formule chimique, quelle qu’elle soit. Ces éléments donnent à la publicité une apparence scientifique qui augmente sa crédibilité, indépendamment de leur contenu.

On ne s’étonnera donc pas si les publicitaires ou les partis politiques dépensent sans compter pour publier de telles annonces, même lorsque leur contenu est trivial, voire erroné. C’est une bonne nouvelle pour tous ceux qui utilisent de tels outils – avec en haut de liste le premier parti de Suisse, qui mériterait amplement un prix de la meilleure fiction pour l’ensemble de son œuvre graphique – mais pas forcément pour les citoyens.

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Dans un autre domaine, le Washington Post nous prévient qu’essayer de convaincre quelqu’un avec des arguments rationnels peut être contre-productif. Selon deux chercheurs américains, les personnes qui ont le plus peur du vaccin contre la grippe ne changent pas d’avis quand on leur présente des informations scientifiques montrant que les effets secondaires qu’ils craignent sont un mythe. Au contraire, ces personnes ont ensuite encore moins tendance à se faire vacciner – un retour de manivelle inattendu.

L’histoire ne dit pas si l’utilisation de graphiques pour présenter cette information annule ou accentue encore cet effet négatif.

*Frédéric Schütz est statisticien au SIB Institut suisse de bioinformatique et à l’Université de Lausanne