Cette chère voiture! A lire le rapport publié mardi par la Confédération sur «L’environnement en 2013», il apparaît que les automobilistes suisses doivent encore fournir un effort considérable pour ­réduire leur impact environnemental. Bien que les rejets de CO2 des véhicules de tourisme neufs immatriculés depuis 2007 aient fortement diminué, ils demeurent, avec 155 g/km en 2011, plus élevés que dans les pays de l’Union européenne, à l’exception de la Lettonie et de l’Estonie. Des chiffres plus récents montrent qu’un nouvel effort a été fait en 2012. Les émissions moyennes des voitures neuves ont diminué de 2,6% pour s’établir à 151 g/km. Mais la Suisse est loin de ses objectifs.

Entrée en vigueur en juillet 2012, de nouvelles prescriptions exigent pourtant une baisse des émissions des voitures nouvellement immatriculées à 130 g/km en moyenne d’ici à fin 2015 pour se conformer aux directives en vigueur dans l’UE. Cheffe de la division Climat à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), Andrea Burkhardt avoue que «des efforts supplémentaires sont nécessaires pour y parvenir».

95 g/km d’ici à 2020?

Les importateurs doivent s’y adapter progressivement. Or, l’an dernier, le montant des sanctions s’est chiffré à 3,5 millions de francs au total, principalement payées par des petits importateurs et des particuliers. «Le but de l’exercice n’est pas d’encaisser des amendes mais de réduire les émissions de CO2», rappelle Andrea Burkhardt, qui espère que les importateurs encouragent les gens à choisir des modèles moins nocifs pour le climat. Surtout qu’il est d’ores et déjà question de réduire les émissions à 95 g/km d’ici à 2020.

Les dernières statistiques des ventes d’automobiles montrent que la Suisse ne perd pas facilement ses habitudes. Les voitures lourdes restent très prisées. En 2002, la Confédération a introduit une étiquette-énergie pour les voitures de tourisme. En 2012, selon les chiffres fournis par la branche, la catégorie C a été la plus prisée (23,8% de parts de marché), soit celle qui contient des modèles de voitures émettant en moyenne 143 g/km de CO2. Le rapport de l’OFEV relève également qu’en 2011, 421 000 véhicules routiers ont été immatriculés. Il s’agit d’un record. Le nombre moyen de voitures par ménage s’élève à 1,2.

Conservateurs

L’Association des importateurs suisses d’automobiles voit avec inquiétude les prochaines échéances. Son directeur, Andreas Burgener, estime qu’il faut tenir compte de la géographie et du climat de la Suisse, propices aux 4x4. Et selon lui, c’est au client de décider ce qu’il achète. Porte-parole de l’Association transports et environnement (ATE), Gerhard Tubandt note pour sa part que la Suisse a trop tardé à agir et que ses habitants, qui ont un fort pouvoir d’achat, restent trop conservateurs lorsqu’il s’agit de la voiture. «Toute la Suisse n’est pas faite de montagnes! Tous les ménages n’ont pas trois enfants», constate-t-il. Gerhard Tubandt parle de comportement irrationnel. «Les Suisses font des efforts lorsqu’il s’agit d’acheter des ampoules ou un frigidaire mais beaucoup moins pour une voiture. De la même manière, ils n’hésitent pas à emprunter le tunnel du Gothard sachant qu’il y a des bouchons!»

Impact sur le bruit

Le rapport de l’OFEV soulève d’autres mauvais points de l’automobile. Certes, les nouveaux modèles polluent moins. Mais l’impact de la mobilité est également important sur le bruit. Près d’un sixième de la population suisse est exposée à un bruit lié aux transports supérieur à la valeur limite légale. L’OFEV pointe également l’occupation de l’espace toujours plus importante pour les transports.

Le rapport 2013 dresse un tableau sombre mais il épingle également d’autres domaines, comme l’agriculture, ou encore la consommation. Plus de la moitié de l’impact environnemental dû à la consommation suisse est généré à l’étranger, rappelle-t-il.