Recherche 

Vos témoignages sur le «Publish or perish»: stress, précarité, petits arrangements et grosse colère

Vous avez été très nombreux à répondre à notre appel à témoigner dans le cadre de cette série d'articles. Voici quelques unes de vos réflexions sur la course à la publi. Edifiant

(Tous les noms sont connus de la rédaction. Le nom de certaines revues a été changé dans certains cas pour protéger l'anonymat des témoignages)

■ AA, maître-assistante, chargée d'enseignement, Suisse romande: «Jungle serait un mot plus approprié»

C'est avec plaisir que je vous donnerais un éclairage sur le monde - quoique jungle serait un mot peut-être plus approprié - académique et ses pratiques qui, sous couvert de bonnes intentions (processus éditorial «anonyme», revue à comité de lecture «indépendant», soutien des candidatures féminines), me paraît parfois bien hypocrite et paradoxal. Ceci n'enlève rien au fait que l'université reste également dans un même temps un lieu privilégié d'espace à penser et de créativité, touché dans une moindre mesure par les enjeux de rentabilité.


 

■ BB, associate research scientist, dans une grande université de New York: «J'ai compris un peu tard la pratique de laisser traîner son nom  dans un maximum d'articles»

Dans ce poste, qui correspond plus ou moins à «post-doc à durée (théoriquement) illimitée», on essaye surtout de se positionner pour accéder au professorat. Et pour cela, il faut publier, publier, publier (...). A noter qu'une fois professeur (assistant), il n'est pas question de se reposer, car il faut encore ensuite décrocher la «tenure», c'est-à-dire la nomination à vie (qui intervient en accédant au poste de prof associé ou prof ordinaire). A noter encore que ma «fenêtre» pour passer prof va progressivement se fermer quand j'approcherai de la quarantaine. Au-delà de 40 ans, on engage plus qu'au niveau associé ou ordinaire. Si on n'a pas atteint le niveau correspondant à prof assistant avant, on est invité à se recycler.

Ma position actuelle pour obtenir un post de prof est la suivante. J'ai 423 citations répertoriées par Google scholar, et j'ai écrit ou co-écrit environ 65 articles (10 dans des revues, 5 chapitres de livre et 50 «actes de conférence»). (...)

Pas le temps de disséquer des candidatures de 800 pages, d'où le recours aux publis

423 citations, c'est peu. Selon mon enquête personnelle, il en faut plus de 1'000 pour être reconnu comme solide candidat prof possible. Cela pourrait être un critère (d'après ce que j'ai collecté comme information sur les mises au concours) de rejet direct de ma candidature. Il faut savoir que si un poste de professeur est mis au concours dans une «bonne» institution (et comme toutes les institutions en Suisse sont "bonnes", cette règle s'applique en Suisse en général - je parle de la Suisse car j'aimerais m'y rétablir), ce sont des centaines de dossiers qui parviennent au comité. Celui-ci s'empresse donc de réduire ce nombre à 30-40 dossiers, et souvent (m'a-t-on dit) c'est le nombre de citations qui est retenu pour filtrer (cela évite de s'encombrer de 800 pages de CV - car les membres du comité ont eux-même à publier, donc n'ont pas le temps de disséquer chaque postulation). Sachant à ce stade, que c'est presque exclusivement le nombre de citations qui compte, on a tout intérêt à essayer de «laisser traîner son nom» sur un maximum d'articles
afin de gonfler ce chiffre (une pratique que j'ai découverte un peu tard pour ma part...)

Si une éventuelle candidature de ma part passe ce premier stade, le comité pourrait commencer à regarder où j'ai publié. Si j'ai des papiers Nature ou Science, c'est très bien (je n'en ai pas - quasi impossible de publier là lorsqu'on fait de la recherche très appliquée). Ces deux journaux sont universellement connus. Après, il faut regarder par discipline. Là encore, c'est de plus en plus la bibliométrie qui entre en jeu. Un «bon» journal est un journal qui voit ses articles se faire citer. Pour mesurer cela, il y a «l'impact factor». «XXX» a un impact factor de 3.148 en 2015 (taper «XXX impact factor» dans Google  pour voir - Google affichera le chiffre directement, comme il affiche la température à Genève pour «météo genève»), ce qui est pas mal. «YYY» a un impact de 1.8, ce qui est moins bien. Publier dans des journaux avec un impact factor de moins de 1 fait un peu tache... Si j'ai assez d'articles dans de «bons» journaux ou conférences, il se peut alors qu'on commence à s'intéresser au contenu, et/ou à ma position dans les listes d'auteurs.

Petits arrangements avec la science

Faut-il publier beaucoup de moindre qualité ou peu de bonne qualité? Je suis arrivé à la conclusion qu'il faut faire un peu des deux. Un bon article (pas forcément une recherche sérieuse, mais plutôt un article qui contient plein de petites phrases faciles à citer, comme «le titane sera très utile ces prochaines années pour fabriquer des [quelque chose» - ainsi les personnes travaillant avec le titane ou essayant de produire [quelque chose] auront intérêt à citer l'article) permet de récolter beaucoup de citations dans la communauté. Mais un mauvais article sert aussi, du moment qu'il cite mes travaux précédent. Je peux facilement fournir un article à une conférence de seconde zone, dont le comité ne relira probablement même pas le contenu, mais qui mettra l'article en ligne dans une base de donnée connue de Google. Ainsi, les citations de cet article seront prise en compte.

Si je cite 10 de mes précédents articles, ce «mauvais article» me donnera 10 citations. Je dit 10 car personnellement je me suis fixé une règle: mes travaux précédents ne doivent pas représenter plus de 20% de mes références. Mais j'ai vu des articles avec des taux approchant 50%. A noter que la «gonflette» de citations s'applique aussi aux journaux. Vous êtes éditeur-en-chef d'une revue et vous voulez un retour sur le temps que vous y investissez (i.e. vous voulez que votre journal devienne LE journal où il faut publier dans le domaine?) ? Suggérez donc à chacun de vos auteurs de citer les travaux précédemment publiés dans votre journal! La page Wikipedia sur «l'impact factor» (en anglais) présente une belle vision d'ensemble («Editorial policies that affect the impact factor»).

«Copinage, féodalisme, opportunisme, abus sont des choses courantes dans le monde académique»

Voila pour la bibliométrie. En somme, on voit que le processus de publication est plus là pour servir les intérêts (ou plutôt garantir la survie) académique des auteurs que pour pérenniser le savoir. Bien entendu, un article très bien rédigé procurant une vision claire sur un sujet donné sera beaucoup cité (pour autant qu'il puisse émerger du «bruit» - car des milliers d'article sont «publiés» chaque jour, des bons, des mauvais, et de nombreux bons restent dans l'anonymat le plus total - en cela le monde académique ressemble au show business. Il y a des milliers de bons guitaristes, chanteurs, etc. Mais seule une fraction se fait connaître). Mais comme écrit plus haut, il y a d'autres moyens d'obtenir des citations que de passer des mois à «peaufiner» son texte (...)

Voila ce que je peux dire aujourd'hui. Cela fait un certain bien de vider son sac. En général: copinage, féodalisme, opportunisme, abus... sont des choses courantes dans le monde académique. La seule conclusion positive est, bien souvent, similaire à celle de Churchill concernant la démocratie: «C'est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres...» Mais il y a des jours où je commence même à en douter.


 

■ CC, doctorante en biologie, Suisse romande: «Un sujet pas assez sexy ne mérite pas d'être abordé»

Les chercheurs qui ne publient pas n’existent pas, et cela commence dès le début de la «vie» académique. En effet, il semble désormais qu'il soit de plus en plus difficile d’obtenir un poste de doctorat sans avoir déjà publié lors de son master. Mon directeur de thèse en parle de manière tout à fait ouverte avec ses collègues professeurs : «C’est un bon moyen de savoir si un étudiant sera productif en thèse». Les portes du monde académique se ferment donc rapidement pour tous ceux qui n’auront pas eu le chance (car oui, à ce stade, cela relève plus de la chance que des qualités intrinsèques du travail ou de l'étudiant) de publier leur travail de master.

La science est un business

Par la suite cette pression continue. Un «thésard» se doit de publier au moins trois fois durant la réalisation de son travail de thèse. S’il veut poursuivre une carrière académique, alors il faudra publier plus. Sans ces publications, aucune chance de poursuivre dans l’académique, on nous le répète depuis le début. Toute la thèse est donc réfléchie en termes de publications. On ne fait plus de la recherche pour comprendre le monde, on en fait pour publier. Un sujet qui n’est pas assez «sexy» et qui risque de ne pas plaire aux journaux scientifiques ne «mérite» donc pas d'être abordé. La science s’appauvrit, l’esprit des scientifiques aussi. La compétition fait rage dans ce secteur, et les sommes d’argent en jeu sont considérables. Certaines revues exigent même désormais des sommes conséquentes pour que les articles soient publiés en couleur ou en «open-acces»... La science est un business. Un business qui se fait sur le dos des chercheurs. Lorsqu'ils se lancent dans «la course», le système exige des chercheurs qu'ils s'y consacrent entièrement, sans compter, parfois au détriment de leur vie privée et surtout sans aucunes garanties en retour.

La vie en dehors du monde académique devient bien souvent quasi-inexistante et les postes stables sont si rares qu’aucune pause, qu'aucun relâchement, ne sont permis. Vous arrêtez de publier durant un certain temps et c’est fini, votre «rêve académique» s’envole! Cela peut paraître quelque peu exagéré, mais ce n’est vraiment pas loin de la réalité. Plusieurs études montrent que le taux de stress et de dépressions est considérable chez les doctorants (Levecque, K., et al. (2017). Work organization and mental health problems in PhD students. Research Policy). J’imagine que cela s’applique au monde académique en général.

Le prix payé par les femmes

Une de mes collègues, qui va partir prochainement en congé maternité en fait par exemple les frais. Elle ressent une pression importante pour finir tous ses projets en cours, et son supérieur soutient qu’elle doit profiter de son congé maternité pour travailler sur ses prochains articles. Ainsi, un chercheur et plus particulièrement une chercheuse ne peut pas se permettre d’arrêter s’il espère continuer sa carrière. L’inégalité des sexes est, comme dans de nombreux autres domaines, toujours fortement ancrée dans le milieu académique comme le relèvent différentes études (Shen, H. (2013). Mind the gender gap. Nature ; Moss-Racusin, C. A et al. (2012). Science faculty’s subtle gender biases favor male students. Proceedings of the National Academy of Sciences). Il est en effet plus difficile pour une femme de publier dans les revues, et cela se répercute directement sur les possiblités de financement. Cette approche «publish or perish» qui régit le monde scientifique contribue donc à maintenir ces inégalités.

 Une autre conséquence moins flagrante du «publish or perish» est l'engagement des professeurs ou autres «chargés de cours» en fonction de leur liste de publications et non de leurs capacités pédagogiques ou de gestion de projets (qui sont pourtant les buts principaux du système universitaire). Vous vous retrouvez donc avec des personnes manquant de compétences pour assurer les tâches en matière d'enseignement et qui peinent également à encadrer leurs équipes. Certains cas de chercheurs obtenant des postes de professeurs alors que les associations étudiantes dénoncent leur enseignement chaotique, ou qui ont à leur actif la démission de plusieurs doctorants et post-doctorants, illustrent bien que leur «palmarès» en matière de publication prime largement sur leurs autres qualités. Le «publish or perish» ne s'applique donc pas uniquement aux individus, aux chercheurs, mais tend à régir l'ensemble du milieu académique et de la formation universitaire, où les facteurs sociaux ont tendance à passer après la rentabilité des chercheurs.


 

■ DD, doctorant en sciences physiques, Suisse alémanique: «Régulièrement on fait du 7h à 22h»

Je fais mon doctorat à l’ETH depuis 2 ans bientôt sur 3, qui peuvent devenir 4 ou 5, selon le nombre d’articles qu'on publie. On a généralement besoin de publier 3 articles (un par année) en premier auteur. Si ces conditions ne sont pas remplies, la thèse est prolongée.

Ce n’est pas parce qu’on est lent que l’on n’arrive pas à faire ces 3 publis en 3 ans, ça dépend fortement du projet et du groupe dans lequel on est. Je suis dans un grand groupe et donc beaucoup de doctorants génèrent des données que le prof et les post-docs doivent revoir. Ceci prend du temps naturellement et plus il y a de doctorants, plus la pile à revoir grandit. Dans ma situation, au bout d'une année j’avais assez pour faire une petite publi et une plus consistante. J’étais hyper motivé, j’avais travaillé et passé beaucoup de temps dans le labo pour remplir au plus vite et au mieux ce qu’il fallait.

La première petite publi n’a pas été jugée suffisante par mon prof et il m’a encouragé à faire plus pour viser un plus haut journal. Aujourd’hui, bientôt 2 ans plus tard, j’ai beaucoup avancé le projet et je prépare la publication. Toutefois, entre-temps 2 publications sont sorties et ont publié la base de mon projet que j’avais fait il y une année. Depuis j’ai ces échantillons sur mon bureau et je me dit que j’aurais pu avoir 3 publis au lieu d'une (si j’arrive à publier dans les délais ma publication actuelle).

La deuxième publication visait un plus grand journal. Elle était top, le prof était content, on avait tout, les résultats étaient validés, les figures prêtes et on s’est attelé à la tâche de l’écriture. Six mois de perfectionnement des paragraphes, de va et vient entre postdocs, moi et parfois le prof.

Le problème c'est qu'il est très occupé, il corrige souvent plusieurs papiers en parallèle et c’est difficile de se concentrer sur le papier de manière précise. Du côté des doctorants et post-docs, on lit tellement le papier qu’on n’arrive plus à le regarder de manière objective mais qu’on se concentre sur les mots. Résultats, après six mois et plus, on réalise qu’on pourrait encore tirer plus de cette publication et qu’il faudrait encore faire ça et ceci et cela, ce qui entraîne naturellement une restructuration du papier, des figures et du texte (...)

Régulièrement on fait du 7h à 22h, entre expérience la journée et lecture, rédaction et traitement de résultats le soir (...)

L’écriture de papiers est un processus frustrant et pénible. Plus les exigences du groupe sont grandes, plus les journaux visés sont haut et plus le processus est compliqué est exigeant. Ça demande beaucoup d’énergie, de motivation et ne surtout de pas baisser les bras. Croyez-moi, baisser les bras est une idée qui vous passe souvent dans la tête quand l’histoire et vos heures d’écriture sont retournées en dessus-dessous à chaque fois, que vous changez des centaines de fois les couleurs d’un graphique, la position d’une flèche, et qu'au final on décide d’enlever la figure et de la mettre dans les informations supplémentaires...


 

■ EE, doctorant en dernière année, Suisse alémanique: «Un de mes collègues a terminé sa thèse en étant à l'assurance chômage»

Durant mon entretien d'embauche, j'ai demandé si un nombre minimal de publications était requis pour obtenir un doctorat (par principe, je suis contre cette idée, qui, à mon sens, nuit à l'innovation et ainsi au fondement même de la recherche scientifique). La réponse qui m'a été donnée était que non, il n'y avait pas de nombre minimal, bien qu'il soit attendu qu'un doctorant publie certains articles durant ses 4 ans de thèse (...)

Après environ 1 an et demi, les deux professeurs pour qui je travaille nous ont informés que le nombre annuel de publications du groupe diminuait, et qu'afin d'augmenter ce nombre, à partir de ce jour tout doctorant devait avoir deux publications en premier auteur avant d'être autorisé à défendre sa thèse; ceci allant être appliqué à tous les doctorants, qu'ils aient commencé le mois précédant ou qu'ils soient supposés finir le mois suivant. L'autre annonce, intervenue simultanément, était que la durée maximum du contrat d'assistant-doctorant serait dorénavant limitée à 48 mois, sans exceptions. 

La conséquence de ces décisions a été qu'un de mes anciens collègues n'a réussi à s'en sortir que grâce à une subvention d'une fondation privée, un autre collègue a terminé l'écriture de sa thèse et de ses publications en étant à l'assurance chômage alors qu'un troisième collègue n'a toujours pas défendu sa thèse alors que son contrat s'est terminé il y a un an et demi (...)

«En dernière année, 99% des personnes sont prêtes à tout pour obtenir leur doctorat»

Pour ma part, j'ai continué à travailler dans le but d'atteindre l'objectif fixé par le projet qui me finançait, jusqu'à ce que mon professeur décide, contre mon avis, de complètement laisser tomber ce projet (en avril 2016, soit après 2 années et demie de doctorat!). Par conséquent, je me retrouve dans la situation où, à deux mois de la fin de mon contrat, je n'ai pas mes deux publications en premier auteur (...)

J'ai demandé s'il était possible d'envisager une extension de mon doctorat. La réponse qui m'a été donnée était «absolutely not» avec ensuite des explications comme quoi ni le SNSF ni l'université n'autorisaient la prolongation d'un doctorat au delà de 4 ans et que soir je devais trouver un financement privé, soit m'inscrire au chômage pour terminer ma thèse (les deux propositions étant illustrées par une liste d'ancien membres du groupe qui ont dû utiliser l'une de ces solutions pour finir leur thèse). Renseignements pris, mon contrat peut aisément être prolongé si la raison est justifiée. (...) Évidement, les professeurs peu scrupuleux n'ont aucun intérêt à prolonger - et donc payer - des doctorants pour qu'ils finissent un travail dans leur dernière année. En effet, à ce stade, 99% des personnes sont prêtes à tout pour obtenir leur doctorat.


 

■ FF, universitaire, sciences humaines, Paris: «Le peer reviewing, utilisé par certains pour écœurer les collègues»

Le temps des directeurs de revue à l'ancienne qui prenaient sur eux de publier un papier, parce que ça leur plaisait ou parce que recommandé par un ponte ami, sans autre forme de procès, semble terminé. On a de plus en plus du peer-reviewing qui est manifestement un moyen de se protéger pour de nouveaux directeurs de revue, fraîchement arrivés : l'ennui c'est que ça donne des pratiques très différentes. Fait sérieusement, avec deux experts d'autres pays/langues, ça ralentit ben un peu le processus de publication (disons que ça l'allonge, surtout s'il y a du retard) mais les rapports sont intéressants, avec des suggestions utiles. On corrige, on ajoute et ça passe : on arrive à quelque chose qui tient la route.

L'ennui, c'est quand ça sert de paravent pour régler des comptes: ça arrive souvent avec des «experts» du même pays, parce qu'à partir d'un certain niveau on se connaît, et l'anonymat ne tient pas longtemps, en cherchant l'auteur qui a déjà présenté son papier à un colloque par exemple. J'ai reçu comme ça une évaluation vacharde au possible, mitraillant le fond et la forme, pour un travail qui avait été jugé bon par des collègues à qui j'avais demandé leur avis (et c'était des pontes sérieux): au final je l'ai donné pour des Mélanges, et l'éditeur m'a couverte de félicitations, no comment. Je garde les pieds sur terre dans les deux cas, parce que cela fait un moment que je suis dans ce milieu. 

L'élimination des petits poissons au profit des pontes dans des colloques désargentés

Bon, ça c'est pour une revue. Plus ennuyeux, à mon sens, le recours à ce genre d'évaluation, de pseudo-évaluation, pour un colloque: je ne vois pas cela d'un bon œil, très honnêtement. Pourquoi  ? On est «sélectionné» au départ en proposant un sujet et son résumé: bon, la sélection est plus ou moins féroce. On se déplace, on présente son papier, on échange. Ensuite, certains organisateurs imposent une nouvelle sélection en vue de la publication, souvent parce qu'ils ont invité trop de monde pour le budget prévu pour la publication, et donc on a une élimination pure et simple, le plus souvent des petits poissons au bénéfice des pontes, avec en prime une «expertise» odieuse histoire d'essayer de justifier scientifiquement l'élimination. Je ne trouve pas cela correct du tout. Pas la peine de dire que le papier en question sera publié ailleurs, en étant jugé de façon nettement plus favorable ;-), mais ce sont des procédés lamentables. 

Au total, j'aurais tendance à conclure que ça marche quand on arrive à un certain niveau d'exigence internationale; en dessous le peer-reviewing sert trop souvent à torpiller des collègues et à essayer de les écœurer, pour qu'ils ne travaillent plus. Je connais un sorbonnicole ou deux qui sont des spécialistes de ce genre d'entreprise. Et ironiquement cela se retourne contre certains des torpilleurs/euses: on pourrait citer une revue qui marchait bien avec son ancien directeur, du genre à se passer joyeusement de peer-reviewing, qui maintenant bat de l'aile parce que la nouvelle directrice a commencé son mandat par des «évaluations anonymes» très désagréables. Donc on a arrêté de travailler pour cette revue, et maintenant elle en est à passer des appels à propositions pour trouver du monde, ce qu'on n'aurait jamais vu avec son prédécesseur.

Il faut beaucoup relativiser, et garder un bon sens de l'humour si possible. Et puis avec un peu d'expérience on sait à quelle porte il vaut mieux éviter de toquer, ie on sait avec qui il vaut mieux éviter d'essayer de travailler: ça évite déjà pas mal d'expériences désagréables, sachant que si le travail est fait sérieusement il sera publié, parce que le nombre de ceux qui travaillent sérieusement n'est pas si élevé.

Publicité