C’est à un long voyage que se préparent six hommes à l’Institut russe des problèmes biomédicaux (IBMP), à Moscou. Long, mais statique. Aujourd’hui, trois Russes, un Français, un Chinois et un Italo-Colombien vont s’enfermer pour 520 jours dans des modules de 200 m2 simulant un «vaisseau spatial», pour un voyage fictif vers la planète Mars. Une expérience de confinement qui n’est pas nouvelle – plusieurs ont déjà été réalisées – mais qui battra des records.

L’idée est de respecter au mieux la durée d’un vrai périple vers la planète rouge, soit 250 jours aller, 240 jours retour et 30 jours sur place; trois des six membres de cette mission baptisée Mars500 pourront effectuer des sorties en scaphandre dans un environnement reproduisant le sol martien. Pour le reste, leur vie sera calquée sur celle des astronautes de la Station spatiale internationale (la vue sur la Terre en moins…): nourriture lyophilisée embarquée pour tout le voyage, dispositif sanitaire minimal mais complet, conditions d’hygiène spartiates (pas de douches, seulement un sauna), et répartition du temps de vie en trois tiers de 8 heures, consacrés au repos, aux loisirs et aux exercices physiques, enfin à des expériences scientifiques. «Nous devrons suivre une centaine de protocoles», explique le Français Romain Charles.

Un hasard qui tombe bien

Choisi parmi plus de 5000 candidats, cet ingénieur en mécanique dit sa fierté d’être un «pionnier». Il dit aussi craindre le manque d’air et de soleil, surtout le peu de contacts avec ses proches (ce d’autant plus que les communications seront soumises à un délai de parfois 20 minutes, afin de reproduire l’éloignement dans l’espace). Et aussi le fait que des petits détails – «comme de la vaisselle pas faite» – peuvent vite se transformer en problème démesuré.

Dans leurs loisirs, les «astronautes» devront aussi s’occuper d’un petit jardin potager, première étape timide vers la production de vivres dans un vaisseau spatial. Mais l’intérêt principal de la mission n’est pas là. C’est par contre l’objectif de plusieurs programmes dans le monde. L’un d’eux, Melissa, a été lancé il y a peu à Barcelone par l’Agence spatiale européenne (ESA). Le but est de créer un petit écosystème susceptible de fonctionner en boucle, afin de résoudre les questions d’alimentation, d’eau et de recyclage d’oxygène à partir des déchets (eaux sales, détritus de cuisine, matières fécales, urines, etc.), dans le cadre de mission de longue durée comme l’exploration martienne. «Car pour vivre, chaque personne a besoin par jour de 3 kg d’eau, 1 kg de nourriture et autant d’oxygène, dit Christophe Lasseur, chef du projet à l’ESA, dans le magazine Ciel & Espace . Pour un équipage en mission pendant des mois, cela représente des tonnes de produits qu’il est difficile et coûteux de faire venir de la Terre.» L’objectif est, en 2015, de faire vivre une escouade de 40 individus dans un tel écosystème fonctionnant en circuit fermé. Certes, il ne s’agira pas d’êtres humains, mais d’abord de rats…

Aucun voyage vers Mars n’étant agendé avant des années, quelle est la pertinence de ces expériences? «Personne n’a abandonné l’idée d’un tel périple, répond Xavier Pasco, de la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris. Mais les Etats-Unis, tout en maintenant l’objectif, ont décidé récemment de s’y prendre autrement, en favorisant le développement de nouvelles technologies. Ainsi pour l’Europe, qui investit davantage dans la recherche que dans les vols habités, ces expériences tombent paradoxalement bien. C’est fortuit. Mais cela pourrait créer une mise en phase des ambitions.»