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Hans-Peter Gautschi, de Swisstopo, en train de relever les données fournies par le nouveau capteur ADS100.
© Reuters/Denis Balibouse

Géodonnées aériennes

Vue d’en haut, la Suisse devient toujours plus précise

Swisstopo s’est équipé de deux nouvelles caméras qui filment le pays de manière extrêmement détaillée. Elles ouvrent la porte à de nouvelles applications concrètes

Une fissure dans la chaussée, la présence de conifères dans une forêt de feuillus, la nature des tuiles sur les toits, la composition végétale d’un jardin, le nombre d’arbres déracinés par un glissement de terrain. D’une précision au sol de 10 centimètres, les nouvelles caméras numériques acquises par Swisstopo pour effectuer les relevés photographiques révolutionnent la saisie des données aériennes.

L’Office fédéral a acquis deux capteurs ADS100 (pour Airborne Digital Sensor 100) de Leica Geosystems et les a installés à bord de ses deux avions DHC-6 Twin Otter. Chaque pièce coûte entre un demi et un million de francs selon les options, détaille André Streilein, responsable de la topographie.

Ces appareils, qui ont été présentés jeudi sur l’aéroport de Berne-Belp, remplacent dès cette année les anciennes caméras ADS80. Principale différence: les résolutions au sol sont de 10 centimètres sur le Plateau et dans le Jura et de 25 centimètres sur les reliefs alpins contre, respectivement, 25 et 50 centimètres jusqu’à maintenant.

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Grâce à ces images 3D très fines, il est possible de discerner de nombreux détails peu visibles, voire carrément invisibles, sur les précédents clichés. L’ADS100 présente un capteur élargi – 20 000 pixels au lieu de 12 000 –, une taille physique de pixel de 5 microns au lieu de 6,5 et une longueur focale de 120 millimètres au lieu de 65.

Restrictions météorologiques

Cet équipement transforme le paysage en stries. «La caméra scanne le territoire en continu sous forme de bandes pouvant aller jusqu’à 100 km de long sur 2 km de large. C’est une méthode très efficace pour couvrir de grandes surfaces. Les images sont géoréférencées par des mesures prélevées sur le terrain avec l’appui d’un GPS. Cela donne une très grande précision et établit un lien entre l’image et le monde réel», décrypte Benoît Regamey, manager des produits topographiques chez Swisstopo.

Cette nouvelle technologie, héritée de l’industrie spatiale, va passer toute la Suisse au scanner tous les trois ans. Le pays a été découpé en trois secteurs. Les cantons romands sont les premiers à être soumis à ces nouveaux scanners, et cela cette année. La Suisse centrale et les régions orientales suivront en 2018 et 2019.

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Mais attention: la météo impose un certain nombre de restrictions. «Nous ne pouvons pas effectuer de vols en hiver. Nous commençons en mars par saisir les informations que nous devons recueillir en l’absence de végétation. Dès le printemps, nous enchaînons avec les mesures pour lesquelles nous souhaitons avoir la végétation la plus colorée possible. Nous ne pouvons pas travailler s’il y a des nuages bas. Et même s’il y a des nuages élevés, car ils projettent des ombres sur le sol. Et nous devons éviter la neige, c’est pour cela que les survols des régions montagneuses se font plutôt en septembre-octobre», poursuit Benoît Regamey. Responsable de la topographie, André Streilein estime entre 30 et 40 le nombre de jours de prises de vues.

Avec une précision de 10 centimètres, les séquences enregistrées par les caméras ADS100 sont plus performantes que les images prélevées par satellite, dont les meilleures ont une précision de 30 centimètres, reprend André Streilein. «Ces images véhiculent des émotions», relève-t-il, en comparant l’apparence aérienne d’un glacier à la peau d’un éléphant.

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Avec une telle précision, qui permet de scruter les toitures et les jardins, ne risque-t-on pas de porter atteinte à la sphère privée? «La législation nous autorise à relever les données aériennes, cela fait même partie de nos devoirs. J’ajoute qu’une précision de 10 centimètres ne permet pas de reconnaître un passant ou d’identifier une plaque minéralogique. En cas d’absolue nécessité, on peut toujours décider de flouter certaines parties d’images, mais ce n’est possible que dans des cas très précis relevant de la sécurité nationale ou du secret d’Etat», répond Benoît Regamey.

Evaluation du potentiel énergétique solaire

A quoi ces données ultra-détaillées vont-elles servir? Il cite quelques exemples. Les géodonnées récoltées sur l’évolution d’un glacier permettent de faire un monitoring de la vitesse de fonte et du volume perdu année après année. Les vues aériennes d’un glissement de terrain sont utilisées pour analyser l’ampleur des dommages, le nombre d’arbres arrachés ou encore d’identifier les risques d’instabilité de l’endroit. Le recensement des fissures routières peut ouvrir la porte à une application de gestion de l’état des routes dans l’ensemble du pays.

Un autre exemple, d’actualité à deux jours d’un vote crucial sur l’avenir énergétique du pays: la numérisation des toits des bâtiments, de leur exposition et de leur pente peut servir d’instrument d’évaluation du potentiel énergétique solaire de tout un quartier. Les possibilités sont infinies et ne manqueront pas d’intéresser les autres offices fédéraux, mais également les services cantonaux et communaux, voire les bureaux d’ingénieurs.

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