X-37B, engin de dissuasion spatiale

Espace L’armée de l’air américaine annonce le retour imminent d’une mini-navette secrète

Celle-ci est restée22 mois en orbite, sans qu’on sachece qu’elle y a fait

Alors que l’Europe s’apprête à lancer le mois prochain sa mini-navette expérimentale IXV pour tester les technologies de retour dans l’atmosphère, l’US Air Force (USAF) annonce l’atterrissage imminent de sa navette X-37B après une mission ultra-secrète de vingt-deux mois en orbite. Elle est censée se poser sur la base militaire de Vandenberg, en Californie, ce qu’elle n’avait pas encore fait mardi soir (heures suisses).

Cet engin, inhabité, qui ressemble beaucoup à une navette spatiale en miniature et qui, comme elle, dispose d’une soute pouvant s’ouvrir en orbite, n’est officiellement désigné que comme un «véhicule d’essais en orbite» (OTV). Mais beaucoup de supputations circulent sur son rôle opérationnel et sur le «mystère» qui l’entoure.

L’USAF dispose de deux de ces navettes construites par Boeing, qui ont déjà réalisé trois vols de longue durée en orbite basse depuis 2010, avec toujours la même discrétion sur ses objectifs. Elles sont lancées par des fusées Atlas V et reviennent sur Terre de façon autonome.

Le programme X-37 remonte à 1999. Il était mené par l’agence spatiale américaine (NASA), qui l’a abandonné après en avoir fait voler une version miniature, le X-40. Les militaires ont pris le relais en 2004 et la Darpa (l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense) en a extrapolé une version X-37B, qu’elle n’a classée secrète qu’en 2009, exacerbant la curiosité de certains observateurs.

Un atout majeur du X-37B est d’être manœuvrable dans l’espace, en changeant d’altitude et, vraisemblablement, en pouvant modifier son orbite. On en a conclu que l’engin avait pour rôle l’observation de régions sensibles. C’est une de ses tâches possibles, mais c’est une solution coûteuse et cela apporterait-il plus que l’imagerie optique ou radar des satellites espions en activité? L’engin pourrait aussi larguer depuis sa soute des petits satellites de reconnaissance en cas d’éclatement de crises. Mais la question des coûts et des délais de lancement de la fusée Atlas subsiste.

On évoque également un rôle plus agressif d’interception ou de déstabilisation de satellites adverses, pour ne pas parler d’arme anti-satellite…

Une activité plus plausible à ce stade est que le vaisseau spatial soit un banc d’essai pour tester dans des conditions réelles, en orbite et dans le vide, soute ouverte, des équipements de reconnaissance, de surveillance et d’écoute nouveaux.

Un autre rôle, moins technologique et plus politique, serait de participer à la dissuasion spatiale. C’est ce que souligne Xavier Pasco, maître de recherche chargé du «pôle espace» à la Fondation pour la recherche stratégique de Paris: «On ne sait rien sur ce véhicule ni sur ce qu’il fait. Par ailleurs, on discute aujourd’hui de la vulnérabilité des satellites, des armes dans l’espace, du droit de riposter en cas d’attaque, et il se développe un nouveau concept de dissuasion spatiale. Or le X-37B, avec le mystère qui l’entoure, pourrait être en lui-même un élément de cette dissuasion, en laissant planer le doute sur ses capacités et en montrant qu’il fonctionne. Cela pourrait être une réponse à une directive du Département de la défense américain en 2012, soulignant qu’il est vital d’assurer la protection des satellites nationaux et de conserver ses capacités de dissuasion et de riposte en cas de besoin.»

Sur un plan plus pratique, la NASA a annoncé la semaine dernière un accord avec l’USAF sur la mise à disposition d’installations où les deux X-37B pourront être préparées avant leurs lancements, qui se font à partir de la base militaire voisine de Cape Canaveral, et sur l’utilisation de la piste d’atterrissage pour le retour des mini-navettes, ce qui regrouperait toutes les opérations en Floride, sur le même lieu.

Les militaires américains se sont toujours intéressés à l’idée d’un avion spatial. Ils lancent le projet Dyna Soar X-20 le 24 octobre 1957, vingt jours à peine après le lancement du Spoutnik I soviétique! Il sera abandonné en 1963.

Plus tard, la conception de la navette spatiale sera modifiée à la demande du NRO, le Bureau national de reconnaissance, pour adapter sa soute aux satellites militaires, et 11 vols entre 1982 et 1992 emporteront des charges utiles secrètes. Enfin l’été dernier la Darpa annonçait le très ambitieux XS-1, un véhicule hypersonique réutilisable et économique pour emporter des charges en orbite: le cahier des charges technique inclut de pouvoir voler «10 fois en 10 jours jusqu’à Mach 10»…

«L’engin montre qu’il est vital d’assurer la protection des satellites et de garder des capacités de riposteen cas de besoin»