Médecine traditionnelle

Yongling Ding: «A Genève, Tong Ren Tang n'est pas qu'un acteur économique, c'est aussi un vecteur culturel»

Beijing Tong Ren Tang, référence chinoise en matière d’acuponcture, de massage, d’application de ventouses et des compléments nutritionnels millénaires, vient d’inaugurer sa filiale suisse au bout du Léman. Les explications de ce choix avec sa directrice générale, basée à Pékin

Le groupe pharmaceutique chinois Beijing Tong Ren Tang (BTRT) existe depuis près de trois cent cinquante ans. Il a été fondé sous la dynastie Qing. C’est aujourd’hui l’un des «Big 4» de la médecine traditionnelle chinoise dans le monde, avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 3 milliards de francs, pour environ 30 000 employés.

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La «Health Valley» romande

La multinationale, accompagnée par l’organe de promotion économique de Suisse occidentale (GGBa) et la Direction générale du développement économique cantonal, de la recherche et de l’innovation (DG DERI), a inauguré ce mardi sa toute première filiale helvétique. Sous la forme d’un nouveau centre de soins ancestraux, situé dans un immeuble de haut standing du quartier des Pâquis à Genève. BTRT, dont le siège européen se situe aux Pays-Bas, est déjà présente en Suède, au Royaume-Uni, en Pologne et en République tchèque. Elle pourrait ouvrir prochainement une autre antenne à Paris.

Entretien, par écrit, avec sa directrice générale Yongling Ding, qui a jeté son dévolu sur la «Health Valley» romande. Ou, plus exactement, le bout du Léman, son dernier point de chute international pour commercialiser un portefeuille thérapeutique de plus de 1600 produits séculaires, dont elle poursuit la modernisation et la diversification à travers notamment un partenariat avec la biotech allemande Mirahi.

Le Temps: Quel est le modèle économique de BTRT?

Yongling Ding: Notre groupe est le plus important producteur de médecine traditionnelle chinoise au monde. Il a soigné huit générations d’empereurs chinois et est inscrit au patrimoine culturel immatériel national. BTRT n’est pas qu’un acteur économique d’envergure internationale, c’est aussi un vecteur de culture ancestrale. Pour l’heure, nous disposons de six filiales secondaires, dont trois sociétés cotées en bourse, trois instituts, ainsi que quatre filiales directes.

Nos secteurs d’activité impliquent les services pharmaceutiques et médicaux modernes ainsi que de détail. Nous gérons 36 sites de production, pour plus de 2000 points de vente, centres de santé, cliniques et centres culturels en Chine continentale. BTRT, dont le siège pour les marchés étrangers est à Hong Kong, se développe depuis plus de vingt ans à l’international et exporte ses produits dans plus de 40 pays et régions.

– Pourquoi avez-vous jeté l’ancre à Genève plutôt que Bâle, le véritable pôle pharmaceutique en Suisse, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France ou les Pays-Bas?

– Nous avons choisi d’installer notre première vitrine helvétique au cœur de la Genève internationale, qui abrite de nombreuses organisations phares, dont l’OMS, l’OMPI, l’OMC et l’ISO. Ces dernières peuvent nous servir de relais mondiaux pour promouvoir la médecine traditionnelle chinoise et faire prendre conscience de ses vertus – un mode de vie sain, de manière notamment préventive – au public occidental.

– Le fait que votre concurrent Tasly a installé son centre européen dans le canton en 2015 – avec des dizaines d’emplois en jeu – a-t-il joué un rôle dans votre désir de vous implanter à Genève?

– Nous avons commencé à nous déployer en Europe depuis 1996, avec l’ouverture de points de chute au Royaume-Uni et en Pologne, puis aux Pays-Bas, en Suède et en République tchèque il y a deux ans.

– Quelle stratégie commerciale comptez-vous déployer depuis Genève?

– Notre stratégie d’expansion à l’étranger implique de construire toute une nouvelle chaîne de valeur industrielle. En Suisse, nous allons essentiellement distribuer nos diagnostics de médecine traditionnelle et les traitements qui vont avec. Toutefois, il s’agira également de prendre en compte les éventuels besoins de développer une production locale, de faire de la recherche et du développement, mais aussi de démarrer des programmes d’éducation coopérative.

– Combien de personnes comptez-vous employer au bout du Léman?

– Notre politique d’expansion comprend le recrutement de talents sur place. Actuellement, toutes nos entreprises à l’étranger emploient majoritairement des salariés locaux. Nos opérations en Suisse ne feront pas exception à ce principe, en fonction de la présence de profils adéquats.

– Pourquoi occupez-vous certains des locaux commerciaux les plus chers de Genève (dans un bâtiment prestigieux, pour 1,5 million de francs?)

– Ce choix ne découle pas d’une volonté de prestige. Ce site nous a tout simplement semblé offrir les conditions de travail les plus appropriées.

– Quel est votre potentiel de croissance, sachant que les normes médicales occidentales dominent le marché mondial?

– Il est indéniable que notre médecine traditionnelle n’occupe pas la première place dans le monde. Cependant, ces dernières années, elle a fait d’énormes pas en direction d’une reconnaissance plus large. Aujourd’hui, il y a davantage de personnes qui lui font confiance. Les législations étrangères évoluent aussi dans le même sens. Les médecines chinoise et occidentale présentent chacune des avantages.

Notre président, Xi Jinping [ndlr: ce dernier s’est rendu en Suisse et à Genève en janvier dernier lors d’une visite officielle], a d’ailleurs mentionné la nécessité d’intégrer nos deux pratiques médicales qui, de manière complémentaire, peuvent contribuer à traiter efficacement et améliorer la santé des habitants de cette planète.

– Pour grandir à l’international, BTRT doit se libérer des barrières linguistiques, culturelles et législatives. Comment comptez-vous faire?

– La Suisse dispose déjà de lois favorables à la médecine traditionnelle chinoise, ce qui constitue une base solide pour notre développement à venir. Nous ferons bien entendu de notre mieux pour trouver des thérapeutes qualifiés susceptibles de communiquer efficacement avec nos patients. Nous sommes respectueux des coutumes et des pratiques locales, quel que soit le pays où nous sommes présents. BTRT entend également assumer ses responsabilités sociales, à travers diverses activités au service de la santé publique.

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