Test

Yuka décrypte désormais les étiquettes suisses

L’application mobile qui fait fureur en France analyse les codes-barres pendant vos courses et révèle ce qui se cache dans votre panier. Notre test

Diététicien de poche. C’est avec ce concept que l’application mobile Yuka a débarqué le lundi 1er avril en Suisse. Le principe est gratuit, il suffit de scanner le code-barres d’un produit avec son téléphone pour obtenir immédiatement une note sur la qualité nutritionnelle, de 0 à 100, pondérée en fonction des vertus nutritionnelles et de la présence éventuelle d’additifs alimentaires.

En France, elle s’est déjà imposée sur le marché depuis 2017 avec 9,4 millions de téléchargements. Sont déjà référencés 450 000 produits alimentaires et 150 000 produits cosmétiques. Les créateurs tirent des revenus de cette application gratuite en vendant sur leur site des conseils payants prodigués par un nutritionniste, ainsi que grâce à la version payante de Yuka. Celle-ci propose des fonctions supplémentaires et est déjà disponible pour les utilisateurs Android en Suisse, et d’ici au mois de mai pour les utilisateurs iOS.

Mais est-il possible de faire ses courses avec Yuka en Suisse? C’est ce que nous avons voulu tester.

Lire aussi: Yuka, l’application qui analyse les produits alimentaires, arrive en Suisse

Beurre trop gras

Au rayon beurre de la Coop, beaucoup de choix. Le beurre bio de Romandie obtient 47/100. Sans surprise, il est jugé trop calorique et… trop gras. Du beurre, trop gras? Surprise!

Un peu plus loin, le beurre Latta est quant à lui classé mauvais avec 12/100, une note médiocre qui s’explique par la présence de cinq additifs, dont un à «risque modéré»: le sorbate de potassium pur, irritant pour la peau, les yeux et les voies respiratoires. On n’hésite pas très longtemps entre les deux beurres…

Des produits suisses arrivent tout de même à se distinguer. Le yaourt de la marque Milco est peu sucré, peu salé, peu calorique, peu gras, sans additif. Et obtient de fait l’excellente note de 78/100.

Un ingrédient, deux interprétations

On se prend vite au jeu de chercher les produits les plus sains pour remplir son panier. Mais attention aux erreurs possibles. Les galettes de maïs de la Coop obtiennent 45/100 et sont jugées médiocres en raison de la présence d’amarante. Mais Yuka se trompe visiblement en prenant l’amarante (une céréale américaine) contenue dans la galette pour l’amarante E123, un colorant alimentaire rouge certes autorisé en Suisse, mais banni depuis 1976 aux Etats-Unis car suspecté d’être cancérigène. Nous avons trouvé ces informations sur internet. C’est là l’un des défauts de Yuka, qui se contente de relever les additifs sans donner d’information supplémentaire, ni page internet ou lien explicatif.

Lorsqu’un produit suspect est scanné, l’application est censée proposer une alternative plus saine. Fonction encore balbutiante pour le marché suisse, ce qui devrait être corrigé d’ici un mois, nous a confirmé la communication de Yuka. Les recommandations de produits sont faites de façon objective, sans sponsoring des marques ou influence des fabricants, assure l’application.

Difficulté à scanner

Si vous êtes client régulier d’Aldi, mieux vaut ne pas trop compter sur l’application. Sur une soixantaine de codes-barres scannés, seuls vingt-cinq ont été reconnus, peut-être parce qu’il s’agit de marques allemandes ou italiennes. Au rayon chocolat, aucun résultat n’est disponible pour les marques premier prix. Pour Cailler, le verdict tombe: trop calorique, trop gras et trop sucré pour ce chocolat au lait. Les amandes croquantes n’y changeront rien. Même résultat pour la version au chocolat noir.

Autre difficulté pratique: la connexion au réseau mobile. Sans connexion, l’utilisation de l’application devient impossible avant l’achat. Il faut attendre d’être plus près des portes d’entrée pour pouvoir scanner. Et s’apercevoir que le baume acheté n’était finalement pas si bon que ça.

Cosmétiques épinglés

Yuka analyse aussi les flacons de votre salle de bains. Des shampoings antipelliculaires obtiennent une mauvaise note à cause d’un fort potentiel allergisant. Quant à la marque Nivea, ses déodorants sont épinglés car ils contiennent des perturbateurs endocriniens, alors que les crèmes de douche obtiennent un bon résultat. Deux dentifrices récoltent 42/100. Ils contiennent du laurylsulfate de sodium, un ingrédient qui peut provoquer des inflammations sur la peau en favorisant le passage de molécules nocives pour l’organisme. On les repose rapidement sur l’étalage.

Yuka change-t-elle le contenu des frigos et des placards? Difficile à dire. Code-barres après code-barres, les courses risquent de devenir fastidieuses et déprimantes. Et, surtout, encore plus chronophages. Mais à l’heure où les industriels font tout pour rendre les étiquettes incompréhensibles, Yuka permet de les décrypter rapidement, et donc de consommer plus sain.

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