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Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève, sur le Nobel à deux Genevois: «C’est un moment bouleversant»

Les noms de Michel Mayor et de Didier Queloz circulaient depuis longtemps au moment des pronostics des Nobel. Après le triomphe lausannois de Jacques Dubochet, le recteur de l’Université de Genève exulte

Au moins dix ans que l’Université de Genève rêvait, chaque jour d’octobre, lors de la remise du Nobel de physique. Dix ans que les rédactions se posaient la même question: «Mayor, cette fois?» Ce mardi, peu avant midi, le coup de tonnerre a enfin résonné. La réaction du recteur de l’Université de Genève, Yves Flückiger.

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Le Temps: Avez-vous annulé tous vos rendez-vous?

Yves Flückiger: Oui. J’y pensais ce matin en me réveillant, bien sûr, mais sans oser trop y penser. Disons-le, un moment comme celui-là est bouleversant. Nous allons bien sûr être très sollicités, et je tiens à partager cette joie avec la communauté universitaire. Je reçois des messages de félicitations des autres recteurs suisses, on sent une solidarité. Et il se trouve que la nouvelle tombe à trois jours de notre Dies academicus. Ils sont à l’étranger, nous allons essayer de faire venir Michel Mayor et Didier Queloz pour ce jour particulier.

On attendait depuis dix ans environ…

Et c’est d’autant plus réjouissant que ce prix récompense la science exactement comme on l’aime, ouverte, accessible. Le Nobel à Michel Mayor, c’est le scientifique comme l’homme qui sont honorés, sa manière de partager ses passions, y compris en collaborant à un jeu vidéo, sa façon de permettre aux gens de chasser les exoplanètes. La preuve, aussi, que l’esprit humain est plus fort que l’ordinateur.

Après Jacques Dubochet à Lausanne, c’est la revanche genevoise?

C’est un succès de l’Arc lémanique, Lausanne en 2017, Genève en 2019… Pour deux universités publiques à 60 kilomètres de distance, c’est une chance extraordinaire. Cela prouve que nos manières de collaborer, de nous partager certains domaines fonctionnent. Et cela récompense aussi les pouvoirs publics qui ont soutenu cette politique de formation et de recherche. C’est l’accomplissement d’un travail de longue haleine.

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Les Nobel suisses relevaient jusqu’ici de la place zurichoise, est-ce l’heure de la grande fierté romande?

Ces prix consacrent une volonté de collaboration qui nous identifie peut-être par rapport au reste du pays. Mais, dans l’ensemble, c’est le triomphe d’un petit pays qui tire son épingle du jeu dans la science et la recherche.

Attire-t-on davantage d’étudiants avec un Nobel?

Nous avons connu cette année une hausse déjà assez exceptionnelle de 4,5%. Je vois déjà [à 13h ce mardi 8 octobre, 1h10 après l’annonce] le nombre immense de messages et de tweets qui circulent, cela fait une différence énorme en matière de visibilité. On peut s’attendre à une hausse des étudiants, mais surtout des chercheurs.

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Ces mois, l’administration prépare le message (programme) du Conseil fédéral pour la formation supérieure et la recherche de 2021 à 2024; le prix survient au meilleur moment…

Ça tombe particulièrement bien. Nous avons des demandes pour la science, et un tel honneur nous aide dans les discussions avec le parlement, à commencer par le débat sur le budget de l’année prochaine.

Entre recteurs, avez-vous estimé le nombre de places que l’on gagne dans les «rankings» avec un Nobel?

Pas le nombre. Mais il est incontestable que nous allons gagner des places, notamment dans celui de Shanghai. Après la médaille Fields [remise en 2014 à un ancien étudiant de Genève, Martin Hairer], dont l’impact pour l’institution s’atténue au fil des années, le Nobel est évidemment important. Mais je rappelle que ces classements représentent des résultats, pas des objectifs.

Notre rencontre avec Michel Mayor en 2001: «La chasse aux planètes baigne dans une totale euphorie»


Une interview dans le Nouveau Quotidien en 1995:

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