Pour estimer le nombre d'animaux sauvages qui errent dans une forêt donnée, les zoologistes utilisent souvent des traces indirectes. Ils comptent par exemple les déjections que leurs protégés laissent derrière eux. Sachant combien de crottes un animal dépose en moyenne par jour, l'évaluation est vite faite.

L'affaire n'est pas si simple, rapporte toutefois le New Scientist dans son numéro du 17 février. Des chercheurs africains et américains ont noté que lorsque l'on compte ainsi les éléphants d'Afrique, on peut être amené à commettre des erreurs très grossières. Ils se sont en effet penchés sur un paramètre souvent mal défini: la vitesse de biodégradation des bouses, qui dépend directement du climat et de l'environnement dans lequel elles sont déposées.

Ils ont ainsi remarqué que, dans les forêts de la réserve de Banyang-Mbo, située au sud-ouest du Cameroun, les crottes d'éléphants mettaient presque une fois et demie plus de temps à disparaître que dans les forêts du Gabon voisin. Or, les zoologistes ont tendance à utiliser des valeurs standard de vitesse de dégradation, souvent établies ailleurs.

Autre défaut à la méthode: comme elle nécessite un ratissage systématique du sol, elle n'est pratiquée que sur des petites surfaces, souvent dans des zones protégées. Mais les éléphants circulent énormément et ne signent pas leurs bouses. Affirmer, sur un simple comptage de crottes, qu'une population augmente est donc abusif. L'accroissement apparent est peut-être dû au fait que des pachydermes, chassés de leurs terres, sont venus se

réfugier et déféquer dans des contrées plus tranquilles.