Sur le Web, il est un geste simple qui donne la rassurante impression d'exister et d'être unique dans un univers numérique un rien totalitaire. Celui de s'approprier un nom de domaine: http://www.Jemaimebeaucoup.com ; http://www.icicestchezmoi.ch ; http://www.monjolinom.net ; etc. Un nom de domaine, c'est comme un lopin de terre. On le cultive avec amour, on y fait pousser les choses qu'on aime avant d'inviter ses amis à venir le voir. Le début de grands projets, quoi. Un juge américain vient de mettre fin à cette douce illusion.

«Il n'y a simplement aucune preuve qu'un nom de domaine rencontre la définition de la propriété» a écrit sèchement James Ware dans son jugement de la semaine dernière. Et

l'homme de loi de citer un jugement qu'il avait déjà rendu en mai de cette année et où il expliquait qu'un nom de domaine est l'équivalent non pas d'une propriété mais bien plutôt d'un service, comme un numéro de téléphone.

Si James Ware brise ainsi le rêve de milliards de personnes, certaines d'avoir accédé à peu de frais au statut de propriétaire, c'est Gary Kremen qui doit être le plus déçu d'entre les internautes. C'est lui le plaignant que le juge a débouté.

Cet entrepreneur de San Francisco avait en effet entamé une action judiciaire contre Stephen Cohen pour vol de nom de domaine. Kremen prétend s'être fait subtilisé sex.com par Cohen.

On est loin, ici, des lopins de terre. http://www.Sex.com est un des sites les plus visités du Réseau avec 9 millions d'abonnés et 140 millions de pages vues par mois, selon Cohen. «C'est le seul mot que tout le monde connaît», ricane-t-il. Un mois d'annonce chez lui coûte un million de dollars. Stephen Cohen, la cinquantaine, est aujourd'hui multimillionnaire. Grâce à un nom qu'il n'a pas volé puisqu'il ne peut appartenir à personne. Il a fallu attendre cette affaire pour le savoir.