Dans un siècle, l'homme vivra-t-il plus longtemps? Les spécialistes les plus réputés du vieillissement se disputent sur la question, comme en témoigne un pari à la Jules Verne conclu le mois dernier par deux figures de la recherche dans ce domaine. Une éditorialiste de la revue «Science» du 9 février rapporte que Steven Austad et S. Jay Olshansky ont versé chacun 150 dollars sur un compte de dépôt. En 2150, cette somme, augmentée de coquets intérêts, reviendra aux descendants de celui des deux parieurs dont les prédictions seront réalisées.

Austad, conquérant, est convaincu que la médecine permettra aux individus du XXIIe siècle d'atteindre l'âge de 150 ans en pleine possession de leurs facultés intellectuelles. Il cite des travaux réalisés sur la souris et affirme que nous aurons bientôt des moyens de ralentir le processus de vieillissement, notamment en combattant le stress oxydatif dans les cellules. Olshansky, pragmatique, doute qu'un être humain puisse dépasser l'âge de 130 ans – huit ans de plus que le record actuel de longévité.

Il estime que la mécanique humaine n'est pas conçue pour durer. Et pour mieux illustrer cette réalité, il se livre dans la revue «New Scientist» de mars à l'exercice ludique qui consiste à imaginer à quoi ressemblerait l'homme si l'évolution favorisait les individus résistant au vieillissement. Le «produit» de cette sélection serait gratifié d'une trachée modifiée, afin de réduire les risques d'étouffement, il aurait de ce fait de la peine à parler et à respirer par la bouche. Son torse serait penché vers l'avant et ses genoux fléchis, afin d'atténuer les effets délétères de la bipédie. Il posséderait de grandes oreilles mobiles, à même de compenser les pertes auditives.

D'autres adaptations du squelette et de la tuyauterie donneraient à cet «Homo sapiens vieillissant» une silhouette curieusement proche de celle des primates. Une silhouette qu'il serait condamné à promener pendant plus d'un siècle, le pauvre.