Le club des animaux qui s'échangent des informations par voie de phéromones s'agrandit. Une grosse araignée velue originaire du Costa Rica, qui répond au nom de Cupiennius salei, prend en effet soin de parfumer le fil de soie qu'elle déroule constamment derrière elle au cours de ses déplacements. Cette coquetterie olfactive est limitée aux femelles et n'a qu'un but: attirer un mâle.

Ce dernier, lorsqu'il flaire le fil odorant, sait aussitôt qu'une future conquête doit être à l'affût dans les parages. Pour lui faire savoir qu'il l'a repérée, il tambourine sur la feuille ou la tige la plus proche à l'aide de ses pédipalpes, des petits appendices qu'il porte sur la face. Elle lui répondra de la même façon. Ils se rencontreront, et feront beaucoup d'enfants.

Identifier la phéromone n'a pas été simple, selon le New Scientist du 6 janvier qui relate la découverte. Les chercheurs – l'Allemand Stefan Schulz et l'Autrichien Harald Tichy – ont commencé par endormir des araignées au gaz carbonique, les ont sanglées avec de la bande adhésive, avant de les descendre d'autorité de leur perchoir. Ils ont récolté le fil de soie produit durant le trajet, l'ont enroulé sur une bobine et sont retournés au labo. Une seule molécule apparaissait uniquement dans les fils «femelles»: la phéromone, qu'ils ont provisoirement nommée cupilure («charme de Cupiennius»). Pour vérifier leur trouvaille, ils ont déposé cette substance sur le fil produit par les mâles. Qui se sont laissé berner.

La découverte intéressera à la fois les amis et les ennemis des araignées. S'il devait s'avérer que tous ces arthropodes devaient communiquer ainsi, il deviendrait peut-être possible de fabriquer des leurres. Pour les éloigner, si on les déteste. Ou au contraire pour les attirer en nombre si on désire utiliser leur talent de chasseurs pour se débarrasser d'insectes nuisibles.