Italie

Sea Watch force les ports fermés de l'Italie

Après être resté bloqué durant deux semaines au large de Lampedusa, avec 42 migrants à son bord, le navire de l’ONG Sea-Watch a décidé mercredi de forcer le blocus imposé par le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini

«Ça suffit, nous entrons», lâche sur Twitter l’ONG allemande Sea-Watch. Son navire est las d’aller et venir depuis quatorze jours sur une courbe imaginaire à 15 milles marins au sud-est de l’île italienne de Lampedusa. L’après-midi caniculaire est à peine entamé mercredi lorsque l’embarcation battant pavillon néerlandais décide de braver l’interdiction du ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, d’entrer dans le port sicilien. L’organisation ayant sauvé plus d’une cinquantaine de migrants au large de la Libye il y a deux semaines a choisi cette option illégale «non par provocation, mais par nécessité, par responsabilité». Et par manque d’alternative.

Incarnation de l’opposition à Matteo Salvini

L’ONG a réclamé l’intervention de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour la désignation d’un port sûr en Italie. Mardi, Strasbourg a rejeté cette requête d’urgence. «Je suis en train d’attendre ce que dira la CEDH. Puis je n’aurai pas d’autre choix que de les faire débarquer là [à Lampedusa]», avait prévenu Carola Rackete, la capitaine allemande du Sea-Watch, dans une interview accordée à La Repubblica lundi.

La femme de 31 ans est devenue l’incarnation de l’opposition dans la guerre déclarée par le chef de la Ligue (extrême droite) aux ONG opérant en mer Méditerranée. «C’est Matteo Salvini qui décide et provoque le blocage», lance-t-elle encore dans le quotidien. Elle est prête à perdre son navire, que le vice-premier ministre menace de confisquer. Elle serait même entrée «tout de suite à Lampedusa, car la situation politique me semblait si compromise qu’elle ne laissait pas d’espoir, répond encore Carola Rackete. Mais je ne suis pas seule, ma décision aura des conséquences pour toutes les personnes à bord du Sea-Watch.»

Le 6 juin 2019: Des migrants dans le piège de Tripoli

Rome se dit abandonné par l’Europe

Le navire «hors la loi» met «en danger la vie de dizaines de migrants pour un petit jeu politique dégueulasse, rétorque Matteo Salvini, dans une vidéo publiée sur Facebook. Nous utiliserons tous les moyens démocratiques nécessaires pour bloquer ce massacre du droit.» A travers le pavillon néerlandais du Sea-Watch, le ministre de l’Intérieur s’en prend aux Pays-Bas et à l’Union européenne. Rome affirme toujours avoir été abandonné dans la gestion de l’immigration illégale débarquant sur le Vieux-Continent.

Le secrétaire de la Ligue est arrivé au pouvoir il y a un an sur la promesse de réduire drastiquement les arrivées par la mer, suivant un parcours radical déjà ouvert par les démocrates au pouvoir avant lui. Durant les cinq premiers mois de 2019, 1561 personnes ont ainsi débarqué sur les côtes transalpines, soit une baisse de 88,38% par rapport à la même période de l’année dernière. Matteo Salvini s’est illustré dès le premier mois au gouvernement par des gestes éclatants, en fermant les ports aux ONG étrangères. La justice lui a répondu en ouvrant des enquêtes pour séquestration de personnes. Mais en février dernier, le parlement a renoncé à voter sur la levée de son immunité grâce au soutien de son partenaire de gouvernement, le Mouvement 5 étoiles.

En décembre 2018: L'Italie ferme ses ports à un navire d'une ONG et 300 migrants à bord

Renforcement de la politique anti-immigration

Le chef de la formation devenue premier parti d’Italie après les élections européennes fin mai a alors renforcé davantage sa politique anti-immigration illégale. Un nouveau décret baptisé «sécurité bis» est entré en vigueur mi-juin. L’ONG allemande en est la première victime. Le texte prévoit que «le ministre de l’Intérieur peut limiter ou interdire l’entrée, le transit ou l’arrêt de navires dans les eaux territoriales pour des raisons d’ordre et de sécurité publique». En cas de violation de cette norme, le capitaine, l’armateur et le propriétaire du bateau risquent entre 10 000 et 50 000 euros d’amende et la confiscation de l’embarcation. Un premier volet de cette loi sécuritaire prévoit depuis l’année dernière la suppression de certains permis de séjour et la fermeture de centres de premier accueil.

Quarante-deux migrants se trouvaient toujours à bord du Sea-Watch mercredi. Dix personnes avaient pu débarquer à Lampedusa le 15 juin dernier après la visite de médecins italiens. «Ils sont désespérés, témoigne une dizaine de jours plus tard le capitaine. Quelqu’un menace de faire une grève de la faim, d’autres disent vouloir se jeter à la mer ou se couper la peau. Ils ne résistent plus, ils se sentent en prison.» Des élus de formations de gauche et du Parti démocrate ont ainsi annoncé se rendre sur place mercredi en fin de journée pour «s’opposer à cette inhumanité». Ils veulent «faire comprendre aux personnes à bord que l’Italie n’est pas celle de Matteo Salvini».

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