Il reste à peine plus d'une semaine de course. Et les Etats-Unis offrent l'image d'un immense chantier électoral où règne un peu partout une incroyable frénésie afin que les travaux soient tous achevés le jour J. Sur le plan national, les sondages continuent d'être clairs. Offrant une avance à Barack Obama comprise entre 4 et 14 points, ils semblent aller tous dans la même direction. A tel point que le démocrate a dû démentir ce week-end des rumeurs qui le décrivaient déjà en train de rédiger son discours de triomphateur pour la nuit électorale. A Chicago, l'équipe du démocrate a réservé le plus grand parc de la ville pour l'occasion, capable de contenir des dizaines de milliers de supporters. En face, c'est un événement dans une modeste salle de bal d'un hôtel de l'Arizona qu'a prévu John McCain: l'optimisme est clairement d'un seul côté.

Le poids de la crise

Jamais jusqu'ici un parti au pouvoir n'a réussi à le rester dans une situation de crise économique. Au terme d'innombrables péripéties, l'issue de l'élection de 2008 se résumera-t-elle à cette équation simple? La crise actuelle est sans précédent depuis un siècle et, à première vue, elle semble avoir emporté avec elle tous les autres enjeux liés à l'élection. Mais, dans le même temps, cette course reste, elle aussi, sans précédent, ne serait-ce qu'à cause du parcours de Barack Obama et de la couleur de sa peau. Sur les Etats des côtes, que ce soit en Californie à l'Ouest ou à New York à l'Est, le démocrate va l'emporter avec une très large marge d'avance. Mais l'Amérique profonde suivra-t-elle? Ici, une autre équation à deux inconnues pourrait remplacer la première: il s'agit, comme le résument certains commentateurs américains, de mettre sur la balance d'un côté le portefeuille des électeurs et de l'autre l'ampleur de leurs préjugés raciaux.

Des enjeux locaux

Car l'élection américaine, avec son système du «winner takes all» - qui donne la plupart du temps tous les grands électeurs d'un Etat au seul gagnant -, se jouera sur 50 champs de bataille distincts. Traditionnellement, l'écart entre les candidats ne fait encore que se resserrer au fil des derniers jours. Et un certain... Al Gore peut en témoigner, lui qui tenait la dragée haute à George Bush jusqu'aux derniers jours. A présent, c'est ce cas de figure que mettent en avant les républicains pour expliquer que la course est loin encore d'être terminée. «L'élection sera très serrée dans les «battlegrounds», maintenait, dimanche à la télévision, John McCain en faisant référence aux électeurs de ces Etats qui, dans l'isoloir, pourraient encore réserver des surprises.

Alors qu'il semblait impossible à arrêter, Barack Obama avait connu toutes les peines du monde à s'imposer face à sa rivale Hillary Clinton lors des primaires démocrates. Dans l'Ohio ou la Virginie, les désormais célèbres «cols bleus» n'avaient pu se résoudre à voter en faveur d'un candidat qu'ils estiment si éloigné d'eux. Cet épisode est-il déjà de l'histoire ancienne? Ou n'est-il qu'un prologue? Certes, la lutte avait été acharnée jusqu'au dernier jour, admettent les supporters d'Obama. Mais c'est lui qui avait fini par l'emporter...