Si nul n'est censé ignorer la loi, nul, encore moins, n'est censé ignorer le contexte. Le «contexte», c'est-à-dire les actes antisémites, qui, en France, constituent plus de «72% des agressions racistes» commises en 2003, a rappelé au prévenu l'avocat d'une des parties civiles, vendredi, devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Le prévenu, présent dans la salle, était Dieudonné. Il comparaissait pour délit de diffamation à caractère raciste. Le parquet, qui avait engagé les poursuites, a requis 10 000 euros d'amende contre l'humoriste.

L'affaire remonte au vendredi 1er décembre 2003. Ce jour-là, dans l'émission On ne peut pas plaire à tout le monde, sur France 3, Dieudonné, répondant à une invitation du comique Jamel Debbouze, avait, dans un sketch, campé un rabbin représentant un «colon juif extrémiste». Le personnage portait un pantalon de treillis, un chapeau et des papillotes. Il exhortait les «jeunes des cités» à «se convertir à l'axe américano-sioniste», ce qui leur offrirait des «débouchés». A un moment donné du sketch, Dieudonné fit un geste du bras ressemblant au salut hitlérien, et prononça au même instant quelque chose comme «Isra-hel». Nombreux sont les spectateurs qui ont compris «Isra-heil».

Le droit à l'outrance

La défense, hier, a fait prévaloir le droit de tout humoriste à l'outrance. Elle a cité à la barre des témoins, confrères de Dieudonné. Tour à tour, Benoît Delépine, alias Michael Kael, de Canal +, et Christophe Alévêque, ont apporté leur soutien à Dieudonné. Ce dernier, expliquant son geste du bras, a affirmé qu'il se référait au salut romain. Les avocats des parties civiles ont à l'inverse cherché à démontrer que ce n'était pas l'humoriste, mais le «citoyen» fort de ses convictions qui parlait dans le sketch. Ils lui ont reproché d'avoir sciemment visé les juifs de France sous la couverture du rabbin à papillotes.