Les Pisans ont choisi de l'enterrer là, à la base de la tour qui lui avait causé une telle déception. Lui, Bonnano Pisano, l'architecte qui commença la construction de la tour penchée en 1173.

En ce XIIe siècle finissant, l'art pisan est à son apogée, les tours sont à la mode. L'idée de construire un campanile rival de celui de Venise enthousiasme les habitants de la ville, et Bonnano Pisano se met à la tâche. Après une année de préparation – il faut planter d'innombrables piquets pour essayer de donner une assise à l'édifice – la première pierre est posée. Six ans plus tard, la tour comprend trois étages. Elle a une fâcheuse tendance à s'incliner car le terrain s'affaisse. A chaque étage l'architecte a pourtant tenté de corriger ce têtu penchant, en vain.

Bonnano, qui est également sculpteur et fondeur, cesse alors les travaux. Il se consacre à la réalisation de son chef-d'œuvre, la sculpture des quatre portes de la cathédrale. Dont il ne reste après l'incendie de 1595 que la porte Saint-Rainier, située en face du campanile. Avec la porte du Dôme de Monréale près de Palerme, c'est le seul témoignage de l'immense talent de sculpteur de Bonnano.

Pendant près de soixante ans, personne n'osera toucher à l'édifice. Puis les architectes se succéderont, se décourageant à tour de rôle dans l'impossible quête de la verticalité, l'un deux imaginera même d'allonger les piliers des cinquième et sixième étages, d'un seul côté, pour remédier au problème. Et c'est finalement Tommaso Pisano qui terminera l'ouvrage. Nous sommes en 1350, la tour de Pise commence à être célèbre et Bonnano Pisano repose toujours sous son socle.