Le Siècle d'or de la peinture néerlandaise avait débuté dans les Pays-Bas du Sud, avec Rubens (1577-1640). Par une peinture qui illustre alors la souveraineté de la ville d'Anvers, son catholicisme flamboyant, encouragé par la tutelle espagnole, nourrie en plus par la truculence flamande. Cette période faste se poursuit, en contrepoint, du côté d'Amsterdam et de Rembrandt (1606-1669). Où celui-ci célèbre la montée en puissance de la ville et de sa bourgeoisie. Dans ces Provinces-Unies, les âmes sont calvinistes, plus austères. Et réclament une peinture, entre clair et obscur, qui mette en scène des sujets davantage profanes ou inspirés par l'Ancien Testament. Mais ce siècle s'achève en apothéose, avec Johannes Vermeer (1632-1675). Dans un autre registre; plus tempéré, plus intériorisé et plus lumineux.

Vermeer, protestant, se convertit au catholicisme. Et il est de Delft, bourgade tranquille, occupée à sa faïence. Ses compositions, plutôt petites, vont refléter cette intimité, comme éclairée, révélée par l'extérieur. C'est un art débarrassé de tout récit, qui installe la sérénité, invite à la méditation. Les mouvements de foules ou les sentiments tempétueux y sont exclus. Chez Vermeer, les personnages sont souvent esseulés et vaquent à de tranquilles occupations, dans un décor dépouillé.

On y a vu là les prémices de la modernité. C'est du reste l'époque moderne (Théophile Gautier, Proust en particulier) qui le remet en lumière. Un terme qui lui sied, tant il a été attentif aux problèmes d'éclairage et aux phénomènes visuels. Mais son œuvre est réduite, estimée à 45 numéros, dont 35 connus.