Xuanye, fils de Shunzi, le premier empereur de la dynastie mandchoue des Qing, n'a que 6 ans quand son père meurt de la petite vérole. Il accède au trône en 1661 sous le nom de Kangxi, entouré de quatre régents, et c'est l'un des plus grands et des plus longs règnes qui commence dans l'Empire du milieu, dans des conditions difficiles. Les Bannières mandchoues ont pris Pékin en 1644, mais elles ne contrôlent pas la totalité de l'immense pays. Les lambeaux de la dynastie Ming vaincue se maintiennent dans le sud, et les élites chinoises refuseront longtemps de collaborer avec la dynastie «barbare». Kangxi va réussir peu à peu à les amadouer et à les ramener dans le service du pouvoir impérial, en augmentant les salaires des fonctionnaires et des lettrés, en inaugurant de grands travaux de publication des trésors intellectuels chinois: une fameuse «Histoire des Ming», une encyclopédie monumentale, une édition des poètes Tang… Cette vénération pour la tradition littéraire s'accompagne d'une censure impitoyable sur toute la production intellectuelle contemporaine, tant les Qing redoutent le développement d'une contestation de leur pouvoir importé.

La consolidation intérieure est prolongée par une expansion telle que la Chine n'aura jamais été aussi grande que sous les Qing. Leurs armées guerroient en Asie centrale, dans le nord-est pour contenir les Russes, et du côté du Tibet. Le dalaï-lama avait été reçu en grande pompe à Pékin en 1652; l'empire tente de se faire son protecteur à Lhassa, échouera en 1706, y parviendra finalement en 1751.

Le règne de Kangxi est aussi celui des premiers échanges intenses avec l'Europe, par l'intermédiaire surtout des jésuites, qui marièrent alors difficilement leur obéissance au pape et leur fidélité à l'empereur.