Comme la plupart des droits fondamentaux, la garantie de la liberté personnelle qui constitue la cour de la Convention européenne des droits de l'homme a d'abord été un privilège revendiqué par la noblesse face au pouvoir royal. En 1215, les barons anglais la font inscrire dans la Magna carta (grande charte), qu'ils imposent à Jean sans Terres. Quatre siècles plus tard, le principe est resté vivant dans les consciences sinon dans les faits. L'Angleterre traverse alors, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, une période de luttes religieuses qui déboucheront sur la Révolution de 1640. En 1628, Charles Ier, qui peine à lever les impôts nécessaires pour poursuivre la guerre de Trente ans, fait emprisonner cinq chevaliers qui avaient refusé de payer un emprunt forcé lancé par la Couronne. Les deux Chambres du parlement s'insurgent contre cette manœuvre illégale dans la pétition de droit et rappellent que «nul homme libre ne peut être pris ou emprisonné (…) sinon par un jugement légal de ses pairs ou par la loi du royaume».

Charles Ier déposé, puis exécuté, ces principes – refus des arrestations arbitraires et de la contrainte par corps pour ceux qui doivent de l'argent à l'Etat ou à un tiers – réapparaissent dans les pamphlets qui fleurissent tout au long de la Révolution. Mais cette dernière s'épuise et en 1660, les Stuart reviennent au pouvoir. Le parlement qui a traité avec Charles II est plus monarchiste que le souverain lui-même. Mais bientôt, les sympathies affichées par le frère du roi, le futur Jacques Ier, pour le catholicisme suscitent sa méfiance. A partir de 1676, il travaille à une série de modifications constitutionnelles destinées à limiter le pouvoir royal. Une seule verra le jour: en 1679, l'acte d'habeas corpus confère à tout citoyen placé en détention le droit d'exiger qu'un magistrat statue sur la légalité de son arrestation – ou le libère.