Qui aurait imaginé en cet été 1789 que Maximilien Robespierre serait bientôt le grand inquisiteur de la Révolution française? Pas ses collègues de l'Assemblée nationale en tout cas qui l'écoutent à peine. C'est que le petit avocat d'Arras, la trentaine austère, n'a de loin pas l'éloquence fougueuse d'un Mirabeau, «la torche de Provence». Un observateur cruel se moquera d'ailleurs du néophyte, qu'il surnommera par comparaison la «chandelle d'Arras». Mais Maximilien Robespierre brûle d'un autre feu. Cet admirateur de Rousseau veut régénérer le corps social et donner naissance à un nouvel homme. L'avenir sera moral ou ne sera pas. Telle est la devise de celui qui est devenu pour son époque l'«incorruptible».

Pourfendeur du vice, Robespierre est d'abord un manœuvrier hors pair. On le voit ainsi soutenir la monarchie constitutionnelle jusqu'en 1792, puis réclamer le châtiment de Louis XVI, tout en imposant sa poigne de fer aux Jacobins, son parti. Mieux: l'homme sait se rendre populaire, affichant sa haute moralité à toute occasion. On est alors au printemps 1793, les forces coalisées sont aux frontières et Robespierre est propulsé à la tête du Comité de salut public. Son objectif: purifier la nation. Cette politique du soupçon généralisé porte un nom: la Terreur. Elle a un instrument: le Tribunal révolutionnaire. L'horreur est en marche avec ses charrettes chargées de «traîtres», direction la guillotine: 1500 exécutions ont lieu entre mai et juillet 1794. Mais la «chandelle d'Arras» devient trop incendiaire. Le 27 juillet 1794, la Convention le fait arrêter. L'«incorruptible» tente bien de se suicider en se tirant une balle dans la mâchoire. Il n'échappera pas à la guillotine.