Certaines renommées tiennent à 60 petites minutes. Ainsi, Henry Purcell doit une grande part de la sienne à un opéra d'une heure: Didon et Enée. Une heure pour dire la naissance de l'amour et l'inéluctable séparation, une heure pour rire avec des sorcières de pacotille et pleurer avec la Reine de Carthage. En écrivant cette pièce de dimensions modestes pour un pensionnat de jeunes filles (mais la musicologie récente suggère que la création eut lieu dans un tout autre contexte), Henry Purcell gagnait ses galons d'«Orphée britannique». Personne n'allait les lui disputer jusqu'au XXe siècle, quand vint Britten.

De même que la création de Didon et Enée reste nimbée de mystère, la vie de Purcell ne nous est pas connue dans les détails. Nommé compositeur officiel de la chapelle royale en 1677, puis organiste à Westminster en 1679, il est considéré à vingt ans à peine comme le musicien officiel de Charles II. Cette place enviable, il la conserve sous Jacques II puis sous la reine Mary. Mais même sa mort précoce, en 1695, garde quelque chose d'obscur: on ne sait s'il succomba à la tuberculose ou à un refroidissement…

Son œuvre, en revanche, est passée à la postérité. Elle continue de faire danser les cœurs. Le renouveau de la musique baroque, à partir des années 1960, n'a pas peu fait pour que King Arthur, Fairy Queen et ses autres masks – genre mêlant le théâtre, la danse et le chant – emmènent de nombreux mélomanes au pays où les fées vocalisent et les bergers s'alanguissent. La musique de Purcell, adroitement galbée sur la langue anglaise, a une saveur si particulière qu'on a pu voir sa lancinante «Plainte du Génie du Froid» conquérir les hit-parades, aidée en cela par la grâce androgyne de Klaus Nomi.