Humour

«120 secondes» s’empare de la télévision

Le duo de «120 secondes» reprend du service sur la RTS. Dès ce samedi, Vincent Kucholl et Vincent Veillon lancent «26 minutes», un faux magazine d’actualité à vraie vocation satirique ouvert au public

Télévision Le duo de «120 secondes» reprend du service sur la RTS

Dès ce samedi, Vincent Kucholl et Vincent Veillon lancent «26 minutes», un faux magazine d’actualité à vraie vocation satirique ouvert au public

Alors, fini de rire? L’attentat contre Charlie Hebdo a-t-il blessé l’humour à mort? Une semaine après le mercredi noir, difficile de savoir quelle sera la profondeur du trauma sur les amuseurs de tout bord. Une chose est sûre: ce week-end, la Suisse romande retrouve deux de ses humoristes chéris, et dans une très grande forme. Les jolis, mais pas que jolis, Vincent Kucholl et Vincent Veillon, stars de 120 secondes, reprennent du service sous l’enseigne de la RTS, pour le petit écran, cette fois. Combinant leurs précédentes expériences à la radio et sur la scène, ils ont imaginé 26 minutes, un «faux magazine d’actualité hebdomadaire à vraie vocation satirique», dixit la RTS, qui diffuse ce programme le samedi à 18h45 sur RTS Un et le dimanche à 20h sur RTS Deux. Pour avoir vu une maquette, ce constat: ça informe, ça détend et c’est piquant.

Bien sûr, on va poser la question du cas Dieudonné aux deux drôles qui surfent de succès en succès. Mais d’abord, il y tient, Vincent Kucholl nous fait visiter Chauderon 18, cette boîte de nuit lausannoise qui leur sert de QG la semaine et va se transformer chaque vendredi soir en studio télé pour accueillir les 450 personnes venues assister à l’enregistrement de 26 minutes.

Rouvert en 2014, ce club est un vaste espace en sous-sol, plus bricolo que bobo avec ses trois bars dépareillés, son baby-foot XXL et ses vieux fauteuils en cuir. Le public? «Plutôt rock’n’roll», répond Vincent Kucholl en pointant une batterie dans un coin. Immédiatement, par la magie des associations, on voit Stève Berclaz, le ­mythique métalleux valaisan de 120 secondes, siffler des bières dans ce lieu de la nuit…

Mais 26 minutes ne profitera qu’à moitié du charme de l’endroit. Au moment du tournage, le décor devient aussi aseptisé que n’importe quel studio télé et, veste sur chemise ouverte, Vincent Veillon est parfait dans le rôle d’animateur stylé. Pour quel sommaire? «Deux reportages, un vrai, un faux, une personnalité interviewée en direct – ce samedi, ce sera Pierre-Yves Maillard –, des interventions comiques avec les personnages clés de 120 secondes, des micros-trottoirs de Duja et un portrait, satire des Petits bonheurs du TJ.» Le faux reportage de la maquette montre des assureurs maladie décomplexés qui disent tout haut ce qu’ils pensent en général tout bas. Et des assurés pigeonnés qui pleurent devant leurs factures impayées. Ces personnages, Vincent Kucholl et d’autres comédiens se font un plaisir de les interpréter.

Tiens, on se trouve justement dans la loge où sont stockés costumes et perruques. 1 20 secondes, le retour: on repère la tignasse de Stève Berclaz, le promoteur sédunois, celle de Serge Jacquet, le toxico lausannois, ou de Sven Pahud, moniteur de fitness à Chavannes… Vincent Kucholl saisit une valise et l’ouvre: «Et là, j’ai une collection de prothèses dentaires qu’un amateur de 120 secondes a spontanément proposées. Il a pris nos empreintes et a fait un travail de pro», exulte l’humoriste en chaussant les dents de Michel Brice, l’activiste anti-roux du spectacle dont ils viennent de terminer la tournée.

Exulte, oui, car, même si, depuis une semaine, les deux drôles sont sonnés par l’actualité, leur actualité relève, elle, du conte de fées. Le 31 décembre, au Palais de Beaulieu, les deux Vincent ont terminé la dernière des 145 représentations de 120 secondes présente la Suisse devant 1800 spectateurs emballés. «En tout, rien qu’en Suisse, on a joué devant 80 000 personnes depuis la première en mai 2013. C’est énorme, on n’en revient toujours pas!» Ceci d’autant que ce spectacle est tout sauf de la pure gaudriole. Histoire, économie, géographie, sociologie et système politique: inspiré par les livres publiés par Vincent Kucholl dans la collection «Comprendre» aux Editions Loisirs et Pédagogie, la Suisse était résumée en live et en images de manière redoutablement documentée. D’ailleurs, les Parisiens ont moins croché. «Il leur manquait quelques clés. Nous n’avons rempli qu’aux deux tiers.»

Tout de même, quel carton! Auquel il faut ajouter les 20 millions de clics suscités par les chroniques web de 120 secondes… Vertige des chiffres. «Et grosse pression!» lance le benjamin, Vincent Veillon. 28 ans, une formation en communication visuelle et déjà un parcours à faire pâlir n’importe quel comique. De dix ans son aîné, Vincent Kucholl est l’acteur du groupe. Une formation qu’il a suivie chez Serge Martin, à Genève, après avoir réussi un DEA en sciences politiques. Les deux ont en commun une passion pour l’improvisation théâtrale qu’ils pratiquent le samedi soir avec la troupe Avracavabrac. Mais encore, quel est leur truc pour capter si bien l’air du temps?

«Le plaisir. Et une liberté d’expression», répond Vincent Kucholl. «On se permet d’être grossiers, c’est-à-dire de grossir le trait, mais jamais d’être vulgaires, ce qui reviendrait à être méchants gratuitement», ajoute Vincent Veillon. Leur avis sur Dieudonné? «Il déconne, franchement, disent-ils à l’unanimité. Appeler son fils Judas et lui donner Jean-Marie Le Pen pour parrain, ça devient vraiment incompréhensible.» «C’est dommage, car c’était un excellent humoriste. Je me souviens d’un sketch sur le cancer absolument brillant», ajoute Vincent Veillon. «Cela dit, la justice française se tire une balle dans le pied en le condamnant», modère Vincent Kucholl. «Et plus généralement, avec cette décision nationale de débrancher les sites suspects, on se dirige vers un contrôle étatique très préoccupant.»

On connaît leurs piques contre l’armée, les bobos ou Novartis, mais ont-ils déjà fait dans la satire religieuse? «Non, pas vraiment, répond Vincent Kucholl. Dans 120 secondes , on a bien eu la satire d’un diacre évangélique composée par André Charlet, qui reviendra dans 26 minutes , mais je ne me suis jamais aventuré à écrire des gags sur les musulmans ou les juifs, car je ne connais pas assez le sujet.» «Une seule fois, se souvient Vincent Veillon, on a abordé le conflit israélo-palestinien en mettant les deux parties face à face avec des discours identiques pour montrer l’absurdité de la situation, mais c’est notre seule incursion dans ce thème super-explosif», reconnaît-il. Est-ce que les deux humoristes ont déjà reçu des menaces de mécontents? «Jamais, répond Vincent Kucholl. Jamais non plus la RTS ne nous a censurés. Nous faisons de l’humour politique, mais pas politisé, sur le modèle de Mix et Remix, qu’on admire beaucoup. On essaie d’épargner personne, pour rester libres.»

«La justice française se tire une balle dans le pied en condamnant Dieudonné»

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