«En la personne de Sa Sainteté le Quatorzième Dalaï-Lama, attendu le 28 août à Cointrin, Genève et la Suisse accueillent à la fois le dignitaire le plus respecté du bouddhisme mahayanique et le représentant le plus éminent du peuple tibétain. Sa visite de quelques jours dans notre pays ne saurait revêtir aucun caractère officiel puisqu’il n’est pas reconnu internationalement comme chef d’Etat, mais son autorité spirituelle et morale suffit à faire de son séjour un événement marquant en même temps qu’une occasion bienvenue d’écouter le message qu’il nous apportera au nom d’une sagesse intemporelle dont le monde a plus que jamais besoin.

Bien que l’actuel dalaï-lama soit un homme fort ouvert au monde moderne, la fonction traditionnelle et sacrée qui est la sienne dans le cadre du bouddhisme est malaisée à comprendre pour les mentalités de notre siècle et a fait l’objet d’abondants malentendus et interprétations plus ou moins fantaisistes dans les récits de voyage et autres publications se rapportant au Tibet. C’est ainsi qu’on l’a fréquemment désigné, lui ou son prédécesseur, par exemple, comme «Bouddha vivant» ou, plus faussement encore, comme «dieu-roi». En fait les bouddhistes eux-mêmes le regardent généralement comme une réincarnation procédant du Bouddha de compassion. Et on approcherait probablement de la réalité en se référant à l’antique notion de métempsychose. […]

[A la mort du 13e dalaï-lama], en 1933, le pouvoir, comme toujours en pareil cas, fut confié à un régent qui l’exerça en collaboration avec le Kashag, sorte de Conseil des ministres. De son côté, une commission de hauts dignitaires engageait la procédure traditionnelle longue et méticuleuse destinée à découvrir le nouveau dalaï-lama réincarné en la personne d’un enfant né peu après la mort du précédent. Après consultation des oracles et interprétation de divers signes capables d’orienter les recherches, les membres de la commission prirent la route de l’est et finirent par franchir la frontière politique du Tibet pour arriver dans la province de Qinghaï de fort peuplement tibétain mais administrée par un «seigneur de guerre» chinois. En 1935, ils aperçurent dans une cour de ferme un enfant de 2 ans qui retint leur attention. Ils lui firent subir une série de tests consistant par exemple à choisir parmi plusieurs objets celui qui avait appartenu au défunt dalaï-lama. Le bambin ne commit pas une seule faute et, ajouté à d’autres indices, cela démontrait que la quête avait abouti.

Le transfert de l’enfant sacré et de sa famille à l’intérieur du Tibet n’eut lieu qu’en 1939 et il fallut à la caravane trois mois et demi de voyage pénible pour arriver à Lhassa. Les habitants de la ville sainte firent fête à leur nouveau souverain qui, en 1940, fut intronisé officiellement en tant que 14e dalaï-lama.

Une existence austère commença pour le jeune garçon qui, confié à des lamas érudits, fut instruit dans les diverses connaissances nécessaires à l’exercice des fonctions spirituelles et temporelles qu’il devait assumer dès sa majorité. Il lui fallait aussi participer à certaines cérémonies religieuses et tous ceux qui l’approchèrent à cette époque furent frappés par sa maturité précoce et par la dignité de son comportement. […]»

« On l’a fréquemment désigné comme «Bouddha vivant» ou comme «dieu-roi». Les bouddhistes eux-mêmes le regardent comme une réincarnation procédant du Bouddha de compassion »