été d’avant (7)

1980: l’été des émeutes de la jeunesse helvétique et de la Pacmania

Pendant la pause estivale, «Le Temps» réveille les grands événements culturels, politiques, économiques et sportifs qui ont marqué les étés d’avant

Un été 1980

Pendant la pause estivale, «Le Temps» réveille les grands événements culturels, politiques, économiques et sportifs qui ont marqué les étés d’avant

A l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran, on commence à trouver l’été un peu long. Depuis novembre 1979, 400 étudiants iraniens y retiennent 52 Américains en otage. Cela fait maintenant plus d’un an que le régime impérial du shah a été renversé et que l’ayatollah Khomeiny, de retour d’exil, a imposé sa Révolution islamique. Et conditionne la libération du personnel diplomatique au retour de l’ancien monarque dans son pays pour y être jugé. Les négociations sont à bout touchant. Sauf que le shah meurt le 27 juillet au Caire, après une longue agonie. Et renvoie le président Jimmy Carter et le guide iranien à la case départ. Les otages seront finalement libérés le 20 janvier 1981, après 444 jours de détention.

En Suisse, la jeunesse explose. A Zurich, on lui avait accordé par votation la réaffectation d’une ancienne usine en espace culturel. Depuis 1977, la Rote Fabrik est surtout un fantôme qui encombre les séances du Conseil municipal. Lorsqu’en mai 1980 la Ville présente son budget pour la rénovation de l’Opéra, les alternatifs descendent dans la rue. Ils dénoncent la politique bourgeoise de la Ville et les promesses non tenues. Le 8 juin, les citoyens acceptent le crédit de restauration de 61 millions. Et mettent le feu aux poudres. L’été sera émaillé d’émeutes et de manifestations violentes. C’est simple, Zurich ne va pas connaître un seul week-end de calme jusqu’en avril 1981. Abasourdie, l’Helvétie tranquille découvre le mal-être de ses enfants. Il touchera bientôt la Suisse romande. En automne, c’est Lausanne qui se réveille. Elle a trouvé son slogan: «Lôzane Bouge!»

Ça bouge aussi en Pologne communiste. Les ouvriers du chantier naval de Gdansk se sont mis en grève. Ils sont 17 000 à ­protester contre le licenciement brutal de la syndicaliste Anna Walentynowicz. Parmi eux, un électricien de 36 ans, Lech Walesa, prend la tête d’un mouvement de contestation qui ne cesse de grandir en ralliant rapidement 13 millions de travailleurs autour de lui. Avec Anna Walentynowicz, le futur Prix Nobel de la paix fonde Solidarnosc, qui va peser sur la politique polonaise et aboutir à une réforme en douceur de la Constitution.

A Moscou, le sport se mêle de politique. Le 19 juillet, l’URSS ouvre les premiers Jeux olympiques de son histoire. Le climat est tendu, la Guerre froide à son paroxysme depuis que les Soviétiques occupent l’Afghanistan. Mischa, la mascotte ours toute chou, n’a pas réussi à éviter les boycotts. Aucun athlète américain, chinois, ou allemand (de l’Ouest) ne participe à ces 22es Olympiades. Tout comme la majorité des pays musulmans, pour qui la guerre afghane représente une violation brutale de l’islam. Du coup, les Soviétiques et les Allemands de l’Est ramassent de l’or à la pelle. A eux seuls, ils remportent 321 de la totalité des 631 médailles distribuées aux premiers JO communistes. Les sportifs suisses, eux, se distinguent discrètement en ramenant les titres olympiques de poursuite à vélo et de judo en catégorie poids moyens.

Dans la vie culturelle, l’été 1980 ne restera pas non plus comme un immense millésime. En musique, le disco brûle ses dernières cartouches tandis que la new wave et ses synthétiseurs commencent à occuper le terrain. En France, Joe Dassin succombe le 20 août à un cancer. C’est la fin de L’Eté indien. Eté qui voit l’arrivée sur les écrans de l’Empire contre-attaque, deuxième épisode de la saga Star Wars à être tourné, et sans aucun doute le meilleur volet de la série.

Mais c’est une boule jaune qui va bientôt tout avaler sur son passage. En mai, la fabricant de jeux vidéo Namco a placé dans les salles une nouvelle borne d’arcade. Créé par Toru Iwatani, le jeu devait s’appeler Puckman. Les Japonais craignent le mauvais esprit anglo-saxon (remplacez le P par un F et vous comprendrez). Il sera finalement baptisé Pac-Man, en référence au verbe pakupaku, qui désigne en langue nippone l’action d’ouvrir et de fermer la bouche. Le principe de Pac-Man est simple: il s’agit de déplacer une bille dans un labyrinthe semé de pilules d’énergie (pac-gommes) en évitant des spectres ennemis. Tokyo succombe à la pacmania. A la fin de l’été, l’enzyme glouton part à la conquête du monde. Et il va tout dévorer.

Zurich ne va pas connaître un seul week-end de calme. Abasourdie, l’Helvétie tranquille découvre le mal-être de ses enfants

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