Sur les réseaux

Grenoble vient d’inventer les distributeurs à histoires

Implantée en Isère mais promise à un bel essaimage, la maison Short Edition a installé de petites bornes en ville qui, sur simple pression d’un bouton, délivrent de petites fictions à lire dans les files d’attente

Que faire dans une file d’attente? Rêver? Soliloquer? Taper du pied? Scruter sa montre? Plonger le nez et le cerveau dans son smartphone? Oublions tout cela et filons à Grenoble, en Isère, ville la plus écolo de France et toujours très novatrice. Mais pas au point de supprimer les files d’attente.

Une alternative à l’ennui, l’impatience, la grogne, au recours aux réseaux sociaux, y est donc proposée dans plusieurs lieux publics. Sous forme de petites bornes, couleur orangée, plutôt élégantes. Sur simple pression d’un bouton, elles délivrent de petites histoires, nouvelles, poèmes ou microfictions à lire sur de petits tickets d’une longueur qui varie selon son temps de cerveau disponible ou son envie. C’est tellement original que même le New Yorker en a parlé:

Trois boutons: histoire d’une minute, de trois ou de cinq. Le hasard fait tout le reste. Vous pouvez tomber sur une romance, de belles rimes, un thriller, de la science-fiction, une chronique de la vie quotidienne. C’est gratuit, et cela apporte des instants de bonheur et de convivialité. Dans les salles d’attente, on jette rarement le roman-ticket, on se l’échange, et que ce soit à la préfecture ou à l’office de tourisme, on tient ainsi salon littéraire. Le phénomène est même parvenu jusqu’aux oreilles de Francis Ford Coppola, c’est dire:

Une première mondiale

C’est Short Edition, un éditeur communautaire grenoblois spécialisé dans les écrits brefs, qui a imaginé ces distributeurs, une première mondiale. Le premier a été installé en octobre 2015, avec le soutien de la mairie, il y a désormais huit prototypes, dans les centres sociaux, à l’Hôtel de Ville, à Pôle Emploi. On pourra aussi tester l’appareil au Salon du livre de Paris, du 17 au 20 mars, comme l’annonce la très dynamique page facebook.com/ShortEdition. Ou s’en faire une idée plus précise en visionnant ce reportage de M6:

C’est en observant un distributeur de boissons et de sucreries que l’idée a jailli dans la tête d’un membre de Short Edition. «Dans une société de plus en plus connectée, il faut remettre la lecture dans la vie quotidienne, et le papier est une vraie respiration», résume Manon Landeau, porte-parole de la maison d’édition. Créée en 2011, celle-ci publie tout ce qui se lit en vingt minutes maximum (moins de 25 000 signes). Tout le monde peut tenter sa chance et rejoindre une communauté de 9800 auteurs et de 139 000 lecteurs abonnés sur ses différents supports de lecture (plateforme participative short-edition.com et applis IOS et Android pour smartphone et tablettes). Les élus locaux en sont très fers:

Les écrivains dont les petites histoires défilent dans les bornes appartiennent à cette communauté et sont rémunérés au pourcentage comme tout auteur. Tapez une minute, saisissez le ticket et lisez. Vous tombez par exemple sur Marguerite, 94 ans, de la maison de retraite Les Tilleuls, qui se réjouit de la mort de M. Albert, un autre pensionnaire, parce qu’elle pense récupérer sa chambre, elle qui en a une avec vue imprenable sur la morgue. Auscultant le corps du défunt, elle constate qu’il est dur et dit à ses vieilles copines: «Ça devait faire longtemps que ça ne lui était pas arrivé!»

Tapez trois minutes et vous êtes envoyé chez un psychiatre soignant depuis des années M. Stern, qui vient à ses rendez-vous accompagné de son fantôme appelé Jonas, lequel exige lui aussi un divan. Un jour, le thérapeute expérimente une méthode radicale, dite de la mort. Il tire à balles à blanc sur Jonas et se retrouve en prison, car toute la société a été victime de l’hallucination de M. Stern. Fin de l’histoire. Et alors, allez-vous la jeter? Un internaute de Metronews n’a pu s’empêcher de constater que «c’est quand même marrant que la première mairie à installer une machine à dévider du papier gratuitement soit une mairie» écologiste.

Les distributeurs à histoires de Short Edition ont fait des petits, puisqu’on en croise désormais quatre «éphémères» à Paris. La capitale les adore et voudrait que le choix en temps de lecture soit élargi aux langues comme l’anglais, l’espagnol ou le japonais. Short Edition, fort de son succès – il suffit de taper une recherche «grenoble distributeurs histoires» sur Twitter pour s’en convaincre – réfléchit déjà à une déclinaison pour la jeunesse et une en braille.

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