Sur les réseaux

Une malade en phase terminale dénonce le «business du cancer»

Atteinte d'un cancer du sein, Manuela Wyler fait reculer une association qui avait déposé plainte contre elle pour diffamation. Les critiques autour du «pinkwashing», elles, demeurent d'actualité

Le cancer du sein, un juteux filon exploité par les associations? L’origine de la polémique tient dans cette question incisive, posée par la blogueuse Manuela Wyler, souffrant d’un cancer en phase terminale. Dans sa ligne de mire, le collectif «Courir pour elles, toutes solidaires», organisateur d’événements sportifs au profit de la prévention, mais qui, selon la Lyonnaise de 55 ans, engrangerait des bénéfices sur le dos des malades.

Après avoir entamé une action en justice pour diffamation, l’association vient de retirer sa plainte. Ce qui n’empêche pas la quinquagénaire de continuer à dénoncer l’engouement autour du «marketing rose», «pinkwashing» en anglais. Sur les réseaux, les témoignages de soutien se multiplient.

Vent debout contre le «marketing rose»

«Tu sais, si tu loupes octobre, quand tu es dans le business cancer du sein c’est comme louper Noël pour les marchands de jouets. Tu es mort»: sur son blog, Manuela Wyler annonce la couleur. Sur un ton tantôt désabusé, tantôt cinglant, celle qui se décrit comme une «cancéreuse indocile» jette un regard cru sur sa maladie. Nulle place ici pour la pitié, même attendrie. Les déserts médicaux, les petites humiliations quotidiennes, la douleur, la rage: elle livre son quotidien pour prouver que non, «le cancer du sein n’est pas rose».

Manuela Wyler, invitée de l’émission 28 minutes sur ARTE:

Le bras de fer avec l’association «Courir pour elles» démarre en mai 2015 avec la publication d’un billet acerbe contre les «courses roses». Ces événements sportifs organisés par des «sociétés qui vivent de la peur des femmes et ne font pas vraiment avancer la recherche» sont en outre «financés par des laboratoires pharmaceutiques qui vous fournissent des échantillons de lessives, tampons hygiéniques et autres produits chargés de substances toxiques mais non interdites». Courir est effectivement recommandé, reconnaît-elle, sauf que «ces organisateurs proposent de le faire ensemble en payant un dossard au passage et en s’habillant en rose si possible avec un T-shirt que vous achetez aussi».

Manque de transparence

Une activité dont la blogueuse dénonce depuis longtemps l’opacité. L’association «Courir pour elles», qui bénéficie d’une subvention du département du Rhône, «ne publie pas ses comptes. Jusqu’au seuil de 153’000 € c’est son droit, ça n’est pas très éthique, ni responsable mais cela reste dans le cadre légal», écrit-elle sur son blog. Des accusations inadmissibles pour l’association qui a déposé plainte pour diffamation en juillet 2015, provoquant de vives réactions sur la toile. «Courage à vous Manuela. Il ne fait aucun doute que cette affaire semble louche et les incohérences que vous relevez ne peuvent être le fruit du hasard», commente une jeune femme sur son blog. «Où est le dialogue, s’interroge une internaute sur Twitter. La justice pour contre-argumenter?»

Retrait de plainte

Face à l’ampleur de la polémique, l’association a finalement retiré sa plainte le 1er avril dernier et publié ses comptes 2015 dans la foulée. Dans un communiqué, elle déclare «avoir toujours agi en toute transparence, tant auprès de ses partenaires, des participantes que des bénévoles. Après organisation de la course et achat des goodies, les soins de support et actions de sensibilisation y compris fond de roulement représentent 77,6% des recettes». Interviewée par Libération, sa présidente, Sophie Moreau, a reconnu s’être «peut-être emportée. Je n’ai pas accepté qu’on critique mes bénévoles et tout le travail fourni au quotidien volontairement». Trop tard, estime la blogueuse Célinextenso pour qui «l’écoute et la remise en question ont tué beaucoup moins de gens que le cancer». Alors que Manuela Wyler attend la confirmation du parquet, on a le sentiment que le mal est fait.


A ce sujet

Publicité