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Un air toujours assez sympathique…
© Marco Zanoni / Lunax

Le lama

Quand lama être dans l’Oberland bernois, lama toujours content

Arnold Luginbühl-Lippl dirige le plus grand élevage du genre en Europe. Sur son alpage, les camélidés sud-américains font désormais partie des cartes postale. Troisième épisode de notre promenade en Suisse romande

Quand Arnold Luginbühl-Lippl entre au pâturage, un coup de sifflet suffit. Le troupeau d’une soixantaine de lamas et d’alpagas dévale aussitôt la pente verte bariolée de fleurs alpestres pour l’entourer, se frotter ou attendre du regard une consigne. Il y en a des noirs, des blancs, des bruns, des roux et des gris. Cela ressemble à une foule joyeuse mais disciplinée. Animaux grégaires, les lamas et les alpagas obéissent à une stricte hiérarchie. «Le mâle dominant, c’est moi, affirme l’éleveur du plus grand cheptel d’Europe de lamas et d’alpagas. Ici, je suis le boss.»

Les lamas (un peu plus grands) et les alpagas (un peu plus laineux) sont des animaux parfaitement domestiqués, doux et affectueux. Dans cette vallée de l’Oberland bernois qui s’étire entre la Jungfrau, à l’est, et Kandersteg, à l’ouest, les camélidés venus d’Amérique du Sud côtoient harmonieusement depuis deux décennies la reine des alpages: la vache Simmental.

Pour gagner le Kiental depuis Spiez, sur les bords du lac de Thoune, il faut emprunter une route qui grimpe par endroits à 28%, longer une rivière de sable noir scintillant comme dans les hautes vallées du Tibet, puis franchir de nombreuses barrières. Là-haut à une altitude située entre 1500 et 2000 mètres, Arnold Luginbühl-Lippl possède plusieurs pâturages où paissent l’été 250 à 300 de ses bêtes.

Une journée de cours

Ce jour-là, un jeune alpaga reste étendu au sol, tremblant, le souffle court. Un coup de chaleur? Sous le soleil de juillet, la température est montée à 29 degrés. Le thermomètre de l’animal indique 41 degrés au lieu de 38. «Pas sûr qu’il survive, explique l’éleveur. Mais c’est mieux que si sa température avait chuté. Dans ces cas-là, il n’y a aucune chance qu’il s’en sorte.»

Après avoir injecté une dose d’antibiotique, Arnold place l’animal à l’ombre d’un arbre. Le troupeau l’entoure, comme pour le protéger. Reste à joindre Uli, la vétérinaire, qui est aussi sa femme, en consultation de l’autre côté de la vallée. Pour cela, il va falloir monter encore un peu dans la montagne pour capter du signal téléphonique.

C’est lors d’un voyage au Canada, au début des années 1990, qu’Arnold flaire la bonne affaire. A l’époque, le lama devient à la mode comme animal de compagnie. Certaines bêtes se vendent jusqu’à 100 000 dollars aux Etats-Unis. Et pourquoi pas en Suisse? En 1994, le paysan importe un premier lot de 12 lamas Wooly venus d’Argentine.

Au fil des ans, il va compléter son cheptel avec des animaux en provenance du Chili et des Etats-Unis. S’ajouteront ensuite les alpagas Huacayas du Pérou et de Bolivie. «J’étais le premier à me lancer en Suisse, mais il n’y a pas eu le même boom qu’en Amérique du Nord. Nous avons atteint un pic, aujourd’hui cela stagne.» Ses derniers gros achats remontent à 2004 et 2005.

Bon an mal an, Arnold vend 30 à 40 lamas ou alpagas de compagnie, notamment à de riches familles sur la côte lémanique. Chaque animal a son pedigree garantissant qu’il descend des meilleurs reproducteurs. Une journée de cours suffit à l’acheteur pour se former aux soins de l’animal, la tonte de la laine et la taille des ongles.

Nul prédateur à part le lynx

Dans le hameau de Gorneren, que les randonneurs peuvent rejoindre en car postal, un restaurant propose des hot-dogs de lama ainsi que d’autres plats à base de viande des camélidés. La laine est une autre source de revenus. Mais Arnold ne veut pas entendre parler de balade à dos de lamas ou de tourisme des alpagas. «Je n’ai ni la patience ni la psychologie pour ça», explique l’éleveur que l’on devine un brin solitaire.

Ses lamas et alpagas se sont acclimatés sans problème de l’Altiplano de la cordillère des Andes aux contreforts alpins. Seul le vol en avion les rend un peu malades. Ici, nul prédateur à part le lynx, qui peut s’en prendre aux plus jeunes. Quant aux habitants de la région, «ils ont eu le temps de s’habituer depuis vingt-quatre ans».

Comme les Simmental, les lamas et les alpagas d’Arnold redescendent la vallée à mi-septembre pour passer l’hiver à Aeschi, près de Spiez, 500 mètres plus bas. En été, par beau temps, les sommets sont enchanteurs. «Il ne faut pas croire que c’est tous les jours comme ça, tempère l’éleveur.

Quand vient le brouillard, on ne voit pas à 20 mètres, c’est moins paradisiaque.» Les vaches, on les repère alors facilement au son de leur cloche. Les lamas et les alpagas en sont dépourvus: ils accourent au coup de sifflet de leur maître.

Lorsque l’on quitte Arnold, Uli l’a rejoint. Elle a mis le jeune alpaga sous transfusion à côté de la mangeoire. Le troupeau s’est éloigné. «Il est malheureusement mort le lendemain matin», nous informe Arnold quelques jours plus tard par WhatsApp.


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En savoir plus: 
voir le site Alpacas of Switzerland

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