En Suisse, 25 personnes sont suspectées d’être porteuses du virus de la grippe porcine A/H1N1, a dit hier en fin d’après-midi Thomas Zeltner, directeur de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Avant d’ajouter qu’un cas particulièrement suspect se trouve à Genève. Un canton où, selon le Conseil d’Etat hier, trois personnes ont été placées sous examen.

Mais quels sont les critères qui ont permis à l’OFSP de sortir un de ces trois cas du lot? «On a pu dire, par son anamnèse, que cette personne est plus proche de l’infection qu’une autre», se borne à répondre Jean-Louis Zürcher, porte-parole de l’office. Pour Laurent Kaiser, responsable du Centre national de référence pour la grippe, à Genève, «il n’y a pas de niveaux d’intensité de symptômes qui permettent de conclure à la probabilité d’un type de grippe plutôt qu’un autre. Les patients sont malades, ou non.» Et d’insister: «Il n’y pour l’instant en Suisse aucun cas biologiquement confirmé! Toute autre information n’est que surinterprétation.»

Outre Genève, les 25 personnes concernées, qui rentrent d’un séjour au Mexique, sont localisées dans les cantons de Vaud, Valais, Berne, Argovie, Zurich, Bâle-Campagne et Saint-Gall, selon l’OFSP. Qui a aussi indiqué qu’en Europe, le total de personnes potentiellement infectées était de 120 à 124.

Différence de définition

Avec un cinquième des cas, la Suisse serait donc particulièrement touchée? «Pas du tout. Tout dépend de la définition de la suspicion qu’on utilise, a répondu Thomas Zeltner. En Suisse, est placée sous examen une personne qui s’est trouvée durant les 7 derniers jours dans une des zones infectées, et dont l’état grippal a été attesté par un médecin. Mais dans d’autres pays, peuvent n’être comptées que celles sur lesquelles pèsent des soupçons extrêmement fondés.» Le directeur a d’ailleurs regretté que n’aient pas été suivies de manière uniforme les directives européennes décidées en cas de pandémie; celles-ci prévoyaient que ne soient rendus publics que les cas d’infection reconnus par l’OMS.

Efficacité du test

Pour Patrick Mathys, responsable de la section pandémie à l’OFSP, le fait que le délai de diagnostic se prolonge concernant les premiers cas suisses n’est pas un mauvais signe: «Si un test effectué sur un patient suspect se révèle positif, il ne fait aucun doute que l’infection est présente», admet-il d’abord. Par contre, si le test est négatif, de nouvelles analyses sont menées. «Et plus l’expertise dure, moins il y a de chances qu’il soit infecté.» «Il se peut que le test soit fait trop tôt sur une personne infectée, corrobore Laurent Kaiser. Voire plutôt trop tard, soit après que le pic de charge virale a été dépassé. D’ailleurs, la sensibilité de nos tests, élaborés fin mars, n’est pas extrême. Et tant que nous n’avons pas de test positif, nous ne savons pas si le virus cause une charge virale très élevée ou pas. Mais si l’on attend trois à quatre jours, le diagnostic final a de grandes chances d’être fiable.»

Pour faire face au possible développement de la maladie, le Conseil fédéral a décidé d’activer la cellule spéciale chargée de coordonner la lutte contre une éventuelle épidémie. Cette cellule, formée de représentants de la Confédération et des cantons, est destinée à «accélérer les processus administratifs».