Le tabac tue, ce n'est plus contesté. Restent débattues en revanche les conséquences politiques à tirer de ce constat. Faut-il laisser le citoyen-consommateur adapter librement son comportement à la dure réalité? Renforcer l'information? Augmenter le prix des cigarettes?… L'Office fédéral de la santé publique a posé la question à l'Institut d'économie et de management de la santé de l'Université de Lausanne: l'augmentation des impôts sur le tabac constitue-t-elle un bon moyen de lutter contre le tabagisme?

La réponse, sans surprise, est un oui sonore et déterminé. En étudiant l'évolution de la demande de cigarettes en Suisse dans les dernières décennies, le professeur Alberto Holly et ses collaborateurs arrivent à la conclusion que la diminution de cette demande est due dans une proportion mesurable aux différentes augmentations du prix du tabac enregistrées pendant cette période, un effet apparemment plus marqué chez les jeunes. Sur la base de cette donnée, ils brossent des scénarios d'avenir.

Premier scénario: le prix des cigarettes reste ce qu'il est aujourd'hui, soit le plus souvent 4,50 francs le paquet. En 2008, la quantité de cigarettes vendues aura passé de 15,3 milliards en 1998 à 14 milliards. Quant aux recettes fiscales, elles auront diminué de 6,17%.

Deuxième scénario: le Conseil fédéral utilise toute la marge d'augmentation dont il dispose actuellement et porte le prix du paquet à 4,70 francs dès l'année prochaine. Le nombre de cigarettes vendues passe à 13,7 milliards en 2008. Les recettes fiscales restent pratiquement stables (–0,82%).

Le troisième scénario a la préférence des experts. Le Conseil fédéral s'aligne sur les règles en vigueur dans l'Union européenne et fait monter le prix du paquet à 5 francs, une opération qui nécessiterait un vote des Chambres fédérales. Les cigarettes vendues dans cette hypothèse chutent à 13,3 milliards. Et les recettes fiscales, elles, prennent l'ascenseur: +6,81%. Pour développer un effet maximum, précisent encore les experts, il convient de bien expliquer les augmentations à la population – quitte à lui dorer un peu la pilule en lui faisant miroiter une baisse de la TVA. Et, parallèlement, les mises en garde sur les dangers du tabac doivent continuer car elles jouent également un rôle déterminant dans la baisse de la consommation.

Bref: les chercheurs poussent fermement à une augmentation des taxes sur le tabac. Seule limite à l'exercice: si le prix suisse dépassait trop celui des pays qui nous entourent, on risquerait d'engendrer un marché noir. Mais même à 5 francs le paquet, on est loin du compte. Sitôt publiée, leur étude a suscité des réactions contradictoires. Les cigarettiers s'élèvent contre une mesure qui ferait de la fumée un privilège de riches. Quant à la Commission fédérale pour la prévention du tabagisme, elle réclame un paquet à 6 francs en 2005. Le feuilleton continue.