La canicule exceptionnelle de l'été 2003 en Europe continue à perturber les climatologues. Et pour cause: de tels records de température n'étaient pas prévus. Statistiquement, en se basant sur les données météorologiques du passé, un été comme celui de 2003 n'apparaît qu'une fois tous les 46 000 ans – autant dire jamais. Parue dimanche dans la version électronique de la revue Nature, une étude réalisée par une équipe de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et de MétéoSuisse tente d'y voir plus clair. Les chercheurs proposent une nouvelle hypothèse selon laquelle l'émission de gaz à effet de serre provoquera en Europe non seulement un réchauffement général, mais aussi une augmentation de la variabilité de la température. De nouvelles simulations informatiques ont confirmé leur intuition.

Les auteurs de l'article ont fait tourner sur ordinateur un modèle climatique régional avec des conditions telles qu'elles seraient à la fin du XXIe siècle dans un scénario de réchauffement global. L'avantage du modèle régional, c'est qu'il permet une description plus détaillée du climat et du cycle hydrologique que ne le ferait un modèle global. Résultat: la variabilité, à la fin de ce siècle, aura doublé par rapport à celle d'aujourd'hui. Les mois de juillet et d'août du futur seront plus chauds en moyenne, mais des étés froids et pluvieux pourraient facilement succéder à des étés secs et chauds. Les conditions que l'on a connues durant l'été 2003 seront devenues habituelles.

«Une augmentation de la variabilité climatique entraîne une hausse de l'énergie déposée par le soleil sur la surface terrestre, explique Christoph Frei, un des auteurs de l'article. L'évaporation s'intensifie alors durant le printemps et l'été commence avec des sols déjà secs. L'énergie additionnelle du soleil durant cette saison est alors entièrement utilisée pour chauffer l'air, provoquant des canicules comme en 2003.»