NAISSANCE

Accoucher chez soi, alternative en vogue

Un documentaire américain fait l'éloge de l'accouchement à la maison. Une nouvelle mode émerge-t-elle? Enquête et témoignages.

L'actrice américaine Ricki Lake n'a pas hésité à exhiber un épisode très intime de son existence pour faire passer un message: l'accouchement à domicile peut être une expérience extraordinaire. Dans un récent documentaire, The business of being born, réalisé par Abby Epstein, elle apparaît nue, accoudée au plan de travail de sa cuisine, l'air concentré. Face à la caméra, elle respire profondément. Au rythme des contractions qui se font de plus en plus persistantes. Epaulée par la sage-femme, elle s'assied dans la piscine gonflable, installée au centre de son salon. Le temps de quelques poussées...

«J'ai sorti de mes mains mon bébé hors de moi. C'est la chose la plus merveilleuse qui me soit arrivée», confiera-t-elle plus tard à la caméra. Son témoignage sert de fil conducteur au documentaire projeté actuellement dans les cinémas américains. Dans la veine des films revendicateurs de Michael Moore ou d'Al Gore, celui-ci veut changer l'opinion des gens sur l'accouchement à domicile.

L'argument est choc: le monopole de l'hôpital serait avant tout lié à des diktats économiques et culturels. En filmant la routine d'un département de gynécologie et d'obstétrique, Abby Epstein met en évidence l'aspect hyper-médicalisé des accouchements. Et ne lésine pas sur les témoignages du personnel qui vont dans ce sens. Trois infirmières admettent par exemple n'avoir quasiment jamais assisté à des naissances physiologiques - c'est-à-dire sans intraveineuse, ni péridurale, ni forceps - même lorsque aucune complication ne menaçait leur bon déroulement. Comparée à la salle d'accouchement dans laquelle blouses vertes et chariots s'agitent, la maison est dépeinte en havre de paix.

Depuis la sortie du film, des femmes ayant vécu un accouchement à domicile révèlent le bonheur et le sentiment de puissance que cette expérience leur a apportés. Notamment via des sites internet et des blogs, dans lesquels des récits personnels, des photographies et des vidéos se mêlent aux conseils de spécialistes. En parallèle, certaines célébrités comme Pamela Anderson, Cindy Crawford, Demi Moore et Meryl Streep ont récemment confié avoir elles aussi mis au monde leurs enfants chez elles. Si bien que le magazine américain Vogue a consacré cinq pages au sujet en novembre dernier. Accoucher à la maison est une alternative qui pourrait bien séduire les femmes à l'avenir, et c'est Vogue qui le dit.

Augmenter le nombre de naissances hors de l'hôpital, c'est en tous les cas un objectif que s'est fixé le gouvernement britannique. En avril dernier, des représentants des professions de sage-femme et de gynécologue ont publié une déclaration qui fait foi de leur volonté de développer cette offre en Angleterre. Ils suggèrent qu'«il n'y a aucune raison de contraindre les femmes qui ont une grossesse sans complications à accoucher à l'hôpital. Il est prouvé qu'accoucher naturellement est très positif pour la mère, le bébé et l'entourage.»

Reste qu'à l'heure actuelle, le nombre de naissances à domicile dépasse rarement 2% en Europe et aux Etats-Unis. Une enquête du Département de la santé britannique stipulait pourtant en 2003 qu'au moins 8 à 10% des femmes opteraient pour l'accouchement à domicile si elles avaient vraiment le choix. La médiatisation du sujet au pays de l'Oncle Sam et la motivation du gouvernement britannique pourraient donc faire évoluer ces chiffres.

En Suisse, par contre, les partisans restent marginaux. Plusieurs causes sont invoquées par Yvonne Meyer, coprésidente de la section Vaud et Neuchâtel de la Fédération suisse des sages-femmes. «Culturellement, les femmes consultent des médecins gynécologues lors du suivi de leur grossesse. Et comme la Société suisse de gynécologie et obstétrique condamne l'accouchement à domicile en général, les femmes ne prennent pas cette alternative en considération», explique-t-elle. Et d'ajouter que c'est la perception du risque qui réfrène le corps médical: «La vision du risque des gens qui représentent cette société est unilatérale. C'est regrettable qu'ils ne considèrent pas qu'une femme en bonne santé dont la grossesse se présente normalement a les ressources physiques et morales pour mener l'accouchement à bien hors du contexte hospitalier», poursuit Yvonne Meyer.

En revanche, la multiplication des maisons de naissance - qui sont passées de 5 à 23 entre 1992 et aujourd'hui - suite à la fermeture de nombreuses maternités d'hôpitaux, instaure de nouveaux liens entre les sages-femmes et les futurs parents. Ces derniers viennent suivre des cours ou consulter les spécialistes avant ou après la venue du bébé en suivant des cours, par exemple. «Ces structures ont l'avantage de permettre une relation complice à long terme entre les sages-femmes et les parents. L'important, c'est qu'ils sachent qu'il existe des alternatives à l'hôpital», conclut Yvonne Meyer.

Publicité