Changement

Etre acteur du développement durable, ça passe aussi par de petits gestes

Convaincu qu’une goutte d’eau peut faire la différence, Julien Vidal a décidé de tester une action écocitoyenne chaque jour pendant un an. Il raconte son expérience dans un livre

«94% des Français déclarent avoir envie de contribuer à résoudre des problèmes de société.» C’est le résultat d’une enquête réalisée début 2017 par Ticket for Change, une équipe de jeunes entrepreneurs au service de l’intérêt général, et du cabinet d’études Occurrence. Paradoxalement, seulement 20% passent à l’action. En cause souvent, un état d’esprit défaitiste.

Pour illustrer ce mode de pensée pessimiste et résigné, Julien Vidal, auteur du livre Ça commence par moi, cite quelques «pépites» rhétoriques entendues au gré de ses conversations: «Ça ne sert à rien de prendre son vélo, parce que les gens achètent des 4x4 pour rouler en ville»; «nous ne sommes qu’une goutte d’eau… à quoi bon?»; «ça ne sert à rien d’être végétarien, parce qu’il y a des terrains de golf qui gâchent des millions de litres d’eau».

La légende du colibri

C’est oublier que la goutte d’eau peut faire déborder le vase ou être à l’origine du fleuve… Mais aussi et surtout qu’il n’y a pas de système, il y a simplement des choix que chacun de nous fait ou ne fait pas. Aussi, plutôt que de pester contre les pollueurs qui ont pris leurs voitures pour aller travailler le matin, provoquant ainsi un embouteillage, il est utile de se rappeler que l’on a soi-même pris sa voiture et que l’on EST l’embouteillage.

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Pierre Rabhi, le fondateur du mouvement Colibris, raconte qu’un jour un immense incendie ravagea une forêt. Terrifiés, les animaux observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour tenter de contenir le feu. Agacé, le tatou lui dit: «Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu!» Ce à quoi le colibri répondit: «Je le sais, mais je fais ma part.»

Le point de bascule

A cet égard, pour changer un système – une société, une entreprise, un groupe d’individus – il n’est nul besoin d’obtenir l’adhésion de 100% des personnes qui le composent, ni même de 51%, mais bien d’engager fortement une minorité active, 16% selon les études: 2,5% d’innovateurs marginaux qui pensent différemment et 13,5% de soutiens actifs, qui mobilisent leurs réseaux et investissent leur temps et ressources.

«A ce niveau se situe le point de bascule», assure Malcolm Gladwell, auteur du livre Le point de bascule, comment faire une grande différence avec de très petites choses: «A partir de ce point, les idées, les comportements, bref, le changement se propage dans la population comme un virus.» «Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis puisse changer le monde, rappelle l’anthropologue Margaret Mead. En réalité, c’est toujours ce qui s’est passé.»

Une action écocitoyenne par jour

Conscient qu’une goutte d’eau peut donc faire la différence, Julien Vidal a décidé de ne plus faire partie de l’embouteillage. En 2016, ce «colibri» a testé une action écocitoyenne chaque jour pendant une année. Parmi les quelques écogestes simples adoptés: faire laver son linge à 30 degrés et le faire sécher à l’air libre; régler le chauffage à 19 degrés; rester moins de trois minutes sous la douche; faire ses courses en vrac; garder toujours une gourde avec soi; acheter de la nourriture bio issue des circuits courts; dégivrer le congélateur tous les trois mois; fabriquer ses produits d’entretien; placer son argent dans une banque éthique; emballer ses cadeaux selon la technique du furoshiki, c’est-à-dire avec des chiffons récupérés; prendre le train plutôt que l’avion sur des distances de moins de 1000 kilomètres.

Ou refuser les pailles dans les bars et les restaurants: «Aux Etats-Unis, quotidiennement, 500 millions de pailles sont gaspillées, l’équivalent de deux fois et demie le tour de la planète si on les mettait bout à bout. Quelques minutes d’utilisation pour finalement terminer à la poubelle, puis dans nos océans.»

Notre grand format: Homo plasticus

Presque 40 kilos d’ordures en un mois

Julien Vidal rappelle que toute notre vie a été organisée pour légitimer la notion de déchet: «Produire des déchets est un acte anodin. Pour la plupart d’entre nous, acheter une bouteille en plastique et la balancer vide quelques instants plus tard dans une poubelle est un geste quotidien. Alors qu’il est si simple d’emporter une gourde avec soi pour acheter à l’emporter thé et café. Cela fait toujours un gobelet en carton et un opercule en plastique en moins dans la poubelle.»

Sur les blogs du Temps: L’empreinte climatique des jeunes? Mauvaise question.

L’auteur invite chaque personne qui souhaite prendre la mesure du poids de ses actions à tenter l’expérience de Rob Greenfield. Cet activiste nord-américain a décidé de porter sur lui tous les déchets qu’il produisait pendant un mois. A la fin de l’expérience, il transportait 38 kilos d’ordures ménagères. «Les emballages, les tickets de caisse, tout est un futur déchet en puissance, dont on pourrait aisément se passer en s’organisant un peu», poursuit Julien Vidal. Chris Anderson, éditeur de la conférence TED, ne dit pas autre chose lorsqu’il assure que «nous nous représentons aisément un monde qui se noie dans des problèmes insolubles. La situation est pire! Le monde se noie dans des problèmes solubles.»

Dans ce domaine, les entreprises ont un rôle important à jouer. Fort heureusement, de nombreuses alternatives existent déjà. L’entreprise bretonne Algopack fabrique par exemple du plastique à base d’algues. L’initiative Jagriti Yatra («voyage-éveil» en hindi), inspirée du tour de l’Inde en train qu’effectua Gandhi en 1915, souhaite, quant à elle, faire émerger une nouvelle génération d’acteurs du changement en Inde. Chaque jour, ce train emmène ses passagers à la rencontre d’un entrepreneur social d’exception qui a changé la vie de millions d’Indiens, dans des domaines aussi variés que la santé, le droit des femmes, la préservation de l’environnement et l’éducation.

Ce concept a été appliqué avec succès en France. En définitive, un Paul Eluard disait qu’il existe un autre monde, mais qu’il est dans le nôtre. «Je ne peux m’empêcher de penser que pour sauver l’humanité, nous avons à notre portée des alternatives plus évidentes et moins onéreuses, et surtout moins hypothétiques, que de coloniser Mars», conclut Julien Vidal.

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