En randonnée (4/5)

Avec Adèle Thorens, la lobbyiste des marcheurs

Depuis près de dix ans, la conseillère nationale vaudoise est vice-présidente de l’association qui gère le réseau de sentiers pédestres du pays, et les petits panneaux jaunes qui le balisent. Un engagement naturel pour cette marcheuse passionnée

Adèle Thorens a opté pour une balade dans le Nord vaudois, sur le sentier qui mène à la tour de Saint-Martin en passant par le vallon des Vaux. L’occasion pour elle de retrouver cette nature enveloppante typique des sous-bois romands, la fraîcheur du ruisseau et le parfum de l’enfance. Ses grands-parents maternels résidaient là, dans le village d’Yvonand, et la petite fille y a tôt pris goût à la randonnée. «La plupart des enfants détestent marcher, mais j’ai pour ma part toujours aimé ça, sourit la conseillère nationale de 45 ans, en jeans et chemise technique sur le chemin caillouteux. Mes grands-parents paternels habitaient eux à Sainte-Croix, dans le Jura vaudois, un autre paradis de la randonnée.»

La Verte a déjà fait cette balade, il y a bien des années. Les images surgissent petit à petit à travers la brume du temps qui passe. La ferme qu’il faut dépasser avant de s’enfoncer dans la forêt. Le petit pont à traverser. La courte mais raide ascension vers la tour de Saint-Martin.

Elle évoque un autre souvenir, plus récent et plus net dans son esprit: le coup de fil reçu en 2008 de l’avocat et notaire socialiste haut-valaisan Peter Jossen. «Je ne le connaissais alors que de nom, raconte Adèle Thorens. J’ai décroché et il m’a dit: «Quand le bonheur frappe à votre porte, il faut l’ouvrir.» Il avait entendu que j’aimais marcher et voulait me proposer d’intégrer le comité de Suisse Rando. Je me rappelle précisément sa formule, parce qu’il avait raison: ce mandat est un pur plaisir.»

Ni de gauche ni de droite

Arrivée au vallon des Vaux. Un site archéologique d’importance nationale qui se présente sous la forme d’un abri-sous-roche. Un des fameux bouquets de panneaux jaunes qui fleurissent partout en Suisse nous renseigne sur l’altitude du site (500 mètres) et le temps nécessaire pour rejoindre la tour de Saint-Martin (20 minutes). Tout le monde profite de ces indications, mais beaucoup ignorent qu’elles relèvent du travail de fourmis d’une association, Suisse Rando, chargée de valoriser le réseau de 65 000 kilomètres de sentiers pédestres du pays et de réaliser son balisage.

Vice-présidente de l’organisation, Adèle Thorens s’en fait la voix dans le concert politique de la Berne fédérale. «Je dis souvent que je suis la représentante du puissant lobby des randonneurs, sourit la conseillère nationale. Ce n’est pas mon engagement le plus connu, parce que les conditions-cadres sont actuellement bonnes. Mais je dois veiller à ce qu’elles le restent.» Habituée aux combats (contre le nucléaire, pour une économie verte et une agriculture durable, pour une représentation équitable des femmes en politique), l’écologiste vaudoise apprécie aussi la randonnée pour ce qu’elle a de consensuel, de transversal.

La marche n’est ni de gauche ni de droite, c’est l’affaire de tout le monde. Chacun peut se l’approprier à sa manière. Quand elle n’est pas en session parlementaire, Adèle Thorens marche une heure par jour au minimum, parfois plus. Sa fille de 7 ans et demi se montre déjà capable de partager avec ses parents des balades de longueur respectable. «Nous pouvons parfaitement faire des sorties de trois ou quatre heures, entrecoupées d’un pique-nique.»

Avant sa naissance en 2010, les randonnées pouvaient être beaucoup plus exigeantes. Les vacances qui l’ont le plus marquée, Adèle Thorens les a passées gros souliers aux pieds. «Avec un couple d’amis, nous avons suivi les crêtes du Jura de Bâle au Creux-du-Van en une semaine. C’était une expérience incroyable, que je recommande à tout le monde.»

L’héritage d’Aristote

Sous le soleil nord vaudois, un papillon blanc danse dans les petits airs. «Je ne l’aurais pas vu si j’avais été à VTT, encore moins en voiture ou en train. Marcher, c’est se réapproprier l’espace-temps. C’est se donner l’occasion de comprendre de quoi un territoire est vraiment composé.» Dans l’agenda bien rempli de la politicienne, la randonnée trouve même une utilité très concrète. «J’écris beaucoup – des articles, des discours – et parfois je bute sur un passage. Partir en balade m’aide à trouver le moyen d’avancer.»

La philosophe de formation se reconnaît là dans l’école des péripatéticiens, qui utilisaient la promenade pour faire cheminer leurs idées. Quand elle sort de sa maison des hauts de Lausanne, elle n’a que quelques pas à faire pour se retrouver en pleine nature et embrasser l’héritage pratique d’Aristote.

Sur notre gauche se dresse la tour de Saint-Martin. Impossible d’y monter; les escaliers grillagés ne sont pas adaptés à la chienne Xi, de la race Lagotto Romagnolo, qui nous accompagne. D’ailleurs, où est-elle? Adèle Thorens aborde deux promeneurs en plein ravitaillement. La Verte a le contact facile, chaleureux. Souvent, ce sont les gens qui l’approchent – en rando, dans la rue ou quand elle fait ses courses – pour commenter ce qu’elle a dit sur tel sujet, lui demander ce qu’elle pense de tel autre. «Beaucoup de personnes m’appellent par mon prénom, s’amuse-t-elle. Cela fait parfois un peu bizarre, mais c’est toujours bienveillant et quelque part, cela veut dire qu’elles me trouvent accessible», estime l’écologiste en replongeant vers la forêt.

Sur les petits sentiers du pays, Adèle Thorens est au cœur de ce qui nourrit ses idéaux politiques et son engagement. De quoi faire ressembler un moment de loisir à du travail… à moins que ce ne soit l’inverse.


Profil

1971 Naissance à Soleure.

2002 Elue au Conseil communal de Lausanne.

2007 Elue au Conseil national.

2008 Intègre le comité de Suisse Rando.

2012 Devient coprésidente des Verts suisses; elle le restera quatre ans.


Episodes précédents

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