«Je me souviens bien de notre reine. J'avais 14 ans quand elle est montée sur le trône d'Italie.» Attaché aux valeurs traditionnelles et à la monarchie, Arrigo Molinario voulait rendre un dernier hommage à la reine Marie-José de Savoie, décédée samedi à Genève, à l'âge de 94 ans. Comme quelque 3000 personnes, ce Turinois s'est rendu vendredi à l'Abbaye de Hautecombe pour assister aux funérailles de la reine, qui vivait en exil en Suisse depuis cinquante-quatre ans. Située au bord du lac du Bourget, en Savoie, l'Abbaye de Hautecombe est un haut lieu de la maison de Savoie. C'est ici que sont enterrés tous les comtes de Savoie qui ont vécu entre le XIIe et le XVe siècle, ainsi que l'époux de Marie-José de Savoie, Umberto II, dernier roi d'Italie, décédé le 17 mars 1983.

Message de Jean Paul II

L'église ne pouvant accueillir plus de 400 personnes, seuls quelques privilégiés ont pu participer à la cérémonie solennelle. Au premier rang se trouvait la famille de la reine: son fils le prince Victor-Emmanuel de Savoie, héritier de la couronne, et son petit-fils Emmanuel-Philibert de Savoie. La plupart des cours européennes étaient représentées: le roi d'Espagne Juan-Carlos 1er, le roi des Belges Albert II et son épouse, la reine Paola, le prince Albert de Monaco ou encore le prince Hans Adam du Liechtenstein. Même le Vatican avait dépêché un représentant, Mgr Giacomo de Nicolo, qui a lu un message du pape Jean Paul II s'associant à la peine des Savoie, vieille famille de tradition catholique. Devant l'autel, le cercueil de Marie-José de Savoie était recouvert du drapeau italien, portant en son centre les armes de la famille: la croix blanche de Savoie surmontée d'une couronne.

Dehors, la foule suivait les obsèques sur un écran géant. Impossible d'approcher l'abbaye. Les autorités avaient pris d'importantes mesures de sécurité en raison de la venue du roi d'Espagne menacé par l'ETA, et également à la suite de l'attentat contre le tribunal d'Annecy, il y a deux semaines. Ce sont presque exclusivement les Italiens qui se sont déplacés, tous acquis à la monarchie, comme ces membres de la garde d'honneur, qui arborent sur leurs cravates et leurs capes les armoiries royales. «Nous sommes fidèles à la couronne, explique Mario Serpellini. Nous montons la garde devant le Panthéon de Rome où sont ensevelis Victor-Emmanuel II, premier roi d'Italie, mort en 1879, et Umberto Ier. Chaque anniversaire de la mort d'Umberto II, nous participons à une cérémonie ici, à Hautecombe.»

Ces Italiens attachés à la monarchie déplorent que, même enterrée, leur reine soit en exil. «Nous espérons que les restes de Marie-José de Savoie et Umberto II puissent être transférés un jour dans le Panthéon de Rome ou au moins à la basilique Superga de Turin», confie Giovanni Grassi.

L'Italie est-elle prête à annuler l'interdiction de séjour des héritiers de la couronne? «Le peuple oui. Trois Italiens sur quatre y sont favorables. Mais le gouvernement, je ne sais pas. La preuve, aucun membre n'est venu aux obsèques. L'Italie n'a envoyé que son ambassadeur en France», regrette Luigi. «Parmi ceux de notre génération, beaucoup sont attachés à la monarchie. Mais, pour les jeunes, c'est dépassé», note Arrigo Molinario. La mobilisation est moins importante. Certains se souviennent que, lors des funérailles d'Umberto II, plus de douze mille personnes étaient venues d'Italie. La cérémonie est terminée, et le public s'empresse derrière les barrières de sécurité espérant apercevoir une tête couronnée derrière les vitres fumées des limousines qui défilent. En passant, la reine Paola de Belgique baisse sa vitre et adresse un sourire à ses admirateurs qui l'ovationnent. Tous attendent l'apparition des princes Victor-Emmanuel et Emmanuel-Philibert de Savoie, les garants de la monarchie italienne, celle qui anime leurs rêves.

Quant à la reine Marie-José de Savoie, sa dépouille a été descendue dans le tombeau familial situé au cœur de l'église de Hautecombe.